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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

"Mon nom est légion" de Antonio Lobo ANTUNES (Bourgois). Non, surtout ne pas se laisser rebuter par ce titre "biblique"! Le Lecteur qui est un mécréant ne s'est pas renié. Il clame ici son enthousiasme pour l'un des plus exceptionnels romans qu'il lui ait été donné de fréquenter. Un roman qui s'ouvre à la façon d'un banal polar: un flic qui enquête sur les exactions commises, dans la banlieue de Lisbonne, par une bande de jeunes prétendument asociaux. Commence alors une lente et inexorable descente aux enfers. Au cours de laquelle le Lecteur accompagne chacun des narrateurs, chacune des narratrices. A travers des récits aux fausses incohérences. Puisque s'exhibent de l'un à l'autre les purulences d'un monde à l'agonie, d'un monde en décomposition. Au point qu'il devient impossible de ne pas s'assimiler aux petites gens, les damnés de la terre. Rendus à l'animalité. Non qu'ils l'aient voulu. Mais parce qu'ils n'ont pas eu le choix.

Dès lors s'entendent les voix qui régurgitent tous les lieux communs. Fussent-elles les voix de "l'Autorité" ("les représentants des races inférieures dépourvues d'âme regagnaient leurs tanières"). La société se meurt. La société se corrompt. La vieille puissance coloniale n'en finit plus d'exprimer son ressentiment et ses haines. "Evidemment c'est un métisse et donc de la mauvaise herbe, montrez-moi un seul Nègre qui soit convenable, travailleur, honnête, vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas, je les connais par coeur depuis le temps que je les vois à l'oeuvre en Afrique comme ici....."

Le roman, qui est polyphonie, plonge dans l'infinie misère qui détruit le corps social. Son exceptionnelle noirceur n'englue toutefois pas le Lecteur dans la résignation et le renoncement. Bien au contraire: elle génère une colère qui ne peut se contenir. Mon nom est légion, la légion de celles et ceux pour lesquels ne peuvent suffire ni la compassion ni les actes charitables. Le roman d'Antonio Lobo Antunes est une oeuvre magistrale. Pour peu que le temps soit pris de s'y introduire et d'observer l'ampleur du désastre.

 

 

"Onze rêves de suie" de Manuela DRAEGER (L'Olivier). Manuela Draeger? En fait: Antoine Volodine. Le travestissement est-il nécessaire au bon cheminement de ce roman? Un roman qui traite de l'insoumission non sans une certaine grâce, avec ce qu'il faut de noirceur pour être crédible. Sauf que le Lecteur s'extirpait à grand-peine du roman d'Antonio Lobo Antunes ("Mon nom est légion"). Et qu'ici, du côté de chez Volodine, le souffle lui a paru bien léger.

 

 

"CosmoZ" de CLARO (Actes Sud). La première moitié de l'autre siècle, traversée par une bande de saltimbanques. Ou, plus exactement, par une "tribu interlope" d'êtres étrangers à l'humanité ordinaire. Le roman oscille en permanence entre le fantastique (à travers ses constantes références au roman "Le Magicien d'Oz)  et la réalité, celle de l'Histoire que jalonnent les deux guerres mondiales. Le Lecteur fut non pas indifférent mais comme étranger au propos de Claro. Confronté à la découverte d'une langue étrangère dont il ne détenait pas les clefs de la traduction. Ce qui au bout du compte le chagrine, en raison du respect qu'il porte à l'écrivain.

 

 

"Orages ordinaires" de William BOYD (Seuil).Un laboratoire pharmaceutique met au point le remède miracle qui permettra de vaincre l'asthme. Les actionnaires salivent. Sauf que le chercheur, inventeur du remède et savant émérite, est assassiné. La suite de l'affaire est glauque, bien entendu. Mais le Lecteur ne fut point dupe. William Boyd tire habilement les ficelles d'une histoire "conforme" aux vertus morales. Au terme de rocambolesques aventures, le Bon terrassera le Méchant. Il n'y a donc rien à redouter des oeuvres obscures des apprentis sorciers et affairistes notoires.

 

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Philippe Maréchal

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Yola 20/02/2011 15:31



Antonio Lobo Antunes est, pour moi, l'un des plus grands écrivains actuels. Il donnait il y a un mois  une conférence à la librairie Compagnie et parlait de ce livre. Un humour
extraordinaire. Un homme qui dit des choses profondes très simplement, en ayant l'air de te raconter une histoire.


Tu lui rends là un bel hommage…