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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

"Deuxième chronique du règne de Nicolas I°" de Patrick RAMBAUD (Le Livre de Poche). Le Lecteur a différé durant de longs mois sa rencontre avec cette seconde chronique. La première lui avait paru tellement savoureuse qu'il craignait, en effet, des redondances dans celles qui lui succéderaient. Force lui est de reconnaître que ses craintes n'étaient pas fondées. La seconde année du règne de Nicolas 1° est narrée en ses faits majeurs, si tant est qu'il soit possible de dissocier le majeur de l'accessoire chez le virevoltant monarque. Drôle, féroce, Patrick Rambaud ne force cependant jamais le trait de la caricature. C'est pourquoi le Lecteur attend avec impatience la publication de la quatrième chronique de ce règne, celle où seront magnifiées les exaltations guerroyeuses de l'Homme Providentiel qui est, ne l'oublions jamais, le Chef Suprême de nos Glorieuses Armées!

 

 

"Vice caché" de Thomas PYNCHON (Seuil).Dommage qu'il soit resté, ce vice, dissimulé au regard pourtant perspicace du Lecteur.

 

 

"Les Armées" de Evilio ROSERO (Métailié).Une immersion plutôt réussie dans le fatras des évènements qui ponctuent l'histoire de la Colombie depuis quelques dizaines d'années. La vie d'un village où s'affrontent la guérilla, les paramilitaires, les trafiquants de drogue ainsi que la police et l'armée. Ou comment une sorte de paradis terrestre se transforme très vite en enfer. Un roman qui ne surprend pas, mais qui se laisse parcourir sans jamais générer de lassitude. Mais un roman auquel il manque un peu de démesure pour atteindre à la dimension tragique.

 

 

"L'annonce" de Marie-Hélène LAFON (Buchet-Chastel).Cette annonce-là a surpris le Lecteur, lequel peine parfois à s'extirper de ses préjugés. Puisqu'il s'attendait à une quelconque mièvrerie: l'histoire d'une dame plus très jeune qui rencontre un monsieur plus très jeune du tout par le truchement d'une petite annonce. Sauf que la dite petite annonce ne sert que d'alibi, le truchement par lequel Marie-Hélène Lafon rapproche et réunit deux solitudes. Deux êtres en souffrance qui s'essaient à vivre ensemble, mais aussi dans leur relation à leur proximité: le jeune fils de la dame plus très jeune ainsi que la soeur et les deux vieux oncles du monsieur plus très jeune du tout. Dans le cadre d'une exploitation agricole perdue au plus profond du Cantal.

Le récit est maîtrisé. Sobre. Contenu. Mais d'une authenticité qui n'est pas sans rappeler celle des premiers romans de Giono. Dans l'attachement à la terre, cet art de vivre au rythme des saisons, le rapport aux autres à travers les choses infimes du quotidien. Le Lecteur s'est laissé emporter par ce beau récit qui s'évite les pièges du mélo, qui traite avec infiniment de respect de la vie des humbles. Voilà une oeuvre dont l'originalité tranche avec le conformisme qui prévaut dans l'édition franchouillarde.

 

 

"Le goût des choses" de Gil Jouanard (Verdier). Le livre n'a coûté que trois euros au Lecteur. Un livre qui vieillissait plutôt mal sur un présentoir des établissements Gibert Jeune.

L'appréciation du Lecteur n'est nullement subordonnée aux relations qu'il entretint durant deux ou trois ans avec Gil Jouanard. Au tout début des années 70 du siècle qui n'est plus. Des relations qui par la suite se diluèrent avant de se réduire à néant, lorsque celui qui fut le créateur du centre régional des lettres s'entêta et poursuivit une étrange et sulfureuse relation avec un certain Jacques Blanc. Lequel Jacques Blanc, pour continuer à régner sur la région Languedoc-Roussillon, s'acoquina avec le Front National. En 1998. Un mariage putassier béni par un homme qui se réclamait haut et fort de René Char. Une bénédiction intolérable pour le Lecteur. Qui reste, aujourd'hui encore, incapable d'expliquer ce comportement indigne. A moins que l'influence et (ou) l'ambition d'une certaine A n'ait déterminé Gil Jouanard à composer avec l'Aveyronnais. A que l'écrivain insinue d'ailleurs dans "Le goût des choses".

"Le goût des choses"? D'une exquise saveur, ce goût. Quelques fenêtres entrouvertes, durant cinq ans, sur des espaces familiers ou non. De Montpellier à un village roumain (Ceausescu est alors bel et bien mort) en passant par la Lozère. Comme une série d'instantanés, plans et arrière-plans sur des paysages et sur des gens. L'oeil qui englobe puis restitue la totalité de ce que la rétine a perçu. L'oeil et le coeur, ou l'âme. C'est selon les convictions de chacun. Le tout enluminé, éclairé par une écriture à l'élégance remarquable, une écriture qui ne s'alourdit pas des scories qui, d'ordinaire, concourent à la joliesse. Le livre parut en 1994. Il n'a pas pris une ride.

"C'est dans ce N'Importe Où que je me sens chez moi sans la moindre hésitation; c'est de ce N'Importe Où que je me revendique citoyen et patriote. Ma terre natale, ce fut des écarts du monde, ces sous-bois, ces combes et ces hauts plateaux où je pleurais souvent de solitude, entre huit et vingt ans." Dommage qu'à l'âge d'homme, Gil Jouanard se soit englué dans le N'Importe Quoi, soit donc dans la proximité d'un individu infréquentable.

 

 

 

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Philippe Maréchal

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