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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

"L'Antarctique" de Claire KEAGAN (Sabine Wespieser). Une quinzaine de nouvelles. Souvent d'une excellente facture. Une quinzaine de nouvelles qui ont toutes un point commun: raconter les combats de femmes qui tentent de se libérer du poids des contraintes dans une société où les mâles disposent de tous les pouvoirs (y compris dans le cadre domestique) et par l'église. La plus accomplie, la plus pertinente de ces nouvelles est, aux yeux du Lecteur, celle qui sonne son titre à cet ouvrage.

 

 

"Des fleurs pour Zoë" de Antonia KERR (Gallimard). Des fleurs fanées. Et de l'eau croupissante. Avec tout plein de lieux communs au fond du vase.

 

 

"Nous étions des êtres vivants" de Nathalie KUPERMAN (Gallimard). Un grand groupe de presse (quelques indices laissent penser au "Monde" d'un certain Colombani) se sépare de certaines de ses annexes afin d'assainir ses finances. Parmi ces annexes, celle qui a en charge l'édition et la publication de revues et journaux destinés aux enfants. Annexe qui est vendue à un ignoble affairiste dont les premières décisions visent à assainir le grand corps malade. L'affairiste achète, parmi les quelques cadres, deux ou trois consciences chancelantes ou complaisantes pour l'accompagner dans cette "œuvre d'assainissement". ("Ainsi peut-on menacer, dénoncer, trahir et penser que l'on participe au grand assainissement nécessaire pour sauver une société malade.") Débute alors la valse-hésitation collective: résignation, révolte, renoncement,  négociation. Jusqu'à l'instant où se fait entendre la voix de la déraison. ("Les types comme lui ne comprennent que la violence. Séquestrer les patrons, y en a d'autres qui l'ont fait, on en a parlé dans les journaux, et puis ça a fait boule de neige...")

Le Lecteur a plutôt bien aimé ce roman qui ose se confronter à un sujet étranger aux anodines modes ambiantes: les magouilles d'un capitalisme sordide et immoral qui sacrifie sur l'autel de la rentabilité, et sans le moindre état d'âme, des femmes et des hommes dès lors considérés comme des rebuts. Quelques belles pages éclairent non seulement les souffrances, mais aussi ces instants si particuliers marqués du sceau du désespoir et (ou) du renoncement. Le roman a donc l'immense mérite d'exister. Il lui manque peut-être la rage et la véhémence, l'envie de régler leur compte aux ignobles salauds qui s'arrogent l'outrageant privilège de détruire des vies.

 

 

"Tous les hommes sont menteurs" de Albert MANGUEL (Actes Sud). Au milieu des années 70, un écrivain sud-américain gît dans une rue de Madrid. La chute, depuis un balcon qui surplombe cette rue. Madrid et l'Espagne n'en ont alors toujours pas fini avec Franco. Les militaires et leurs sbires dirigent d'une main de fer la plupart des états latino-américains. Arrestations. Internements. Tortures. Le cadavre de Madrid est-il celui de l'exilé, ce talentueux écrivain si peu et si mal connu? Quelques témoignages éclairent, sous des aspects contradictoires, l'histoire d'Alejandro Bevilacqua, le défunt. Sans qu'aucune vérité ne soit en mesure d'émerger avant que de s'imposer.

Mais le roman ne se limite pas à cette quête d'une vérité aléatoire. Il constitue un formidable plaidoyer en faveur du roman ou, plus exactement, de l'œuvre romanesque. Et c'est bien ce qui le rend d'autant plus attachant. "Depuis le début, sous couvert de décrire de grands espaces et de relater de grandes épopées, les chroniqueurs d'Amérique du Sud n'ont fait que suggérer certaines clés, laisser des traces. Ils bâtissent d'énormes drames, c'est vrai, un gros roman après l'autre, mais au bout du compte l'argument principal se résume à quelques mots enfouis sous le fatras d'un paragraphe impétueux que nous lisons à peine, distraits par tant de pages. Ceux-ci sont parfois dissimulés dans un dialogue, dans une note, parfois même dans le titre. Le reste serait de trop s'il ne servait à cacher l'impérissable....."

 

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Philippe Maréchal

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