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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

Mon vieux et moi" de Pierre Gagnon (Autrement). Très court roman. Tout plein d'une humanité typiquement québécoise. La rencontre d'un vieil homme en fin de vie et d'un homme ordinaire reclus dans sa solitude. Puis leur vie commune, leurs partages jusqu’à ce que survienne l'inéluctable. La brièveté du récit induit le dépouillement. Lequel n'interdit nullement l'émergence de moments fulgurants de tendresse.

 

 

"Dans la nuit brune" de Agnès DESARTHE (L'Olivier). L'histoire d'un père qui ne sait trop comment assumer sa fonction. Un père, centre de gravité d'un récit tout à la fois si grave et quasiment arachnéen, si douloureux et tellement enchanteur. Un peu comme pourrait l'être un conte fantastique. Le Lecteur fut envoûté, parfois émerveillé par une histoire aux rebondissements inattendus, heureux de s'égarer sous la houlette d'une authentique romancière.

 

 

"Les vaincus" de Xavier BENGUEREL (Autrement) fuient l'Espagne. Des centaines de milliers de réfugiés traversent la frontière et sont "accueillis" par la soldatesque d'un pays dont la "neutralité" leur fit outrage. Dans ce roman vieux d'un bon quart de siècle, Xavier Bengurel raconte son exil. Ou, du moins, sa part d'exil. Puisqu'il fait intervenir d'autres personnages, d'autres de ces "vaincus" qui n'avaient sans doute pas imaginé que le pire puisse se rencontrer de l'autre côté de la frontière. En cet autre pays catalan intégré, lui, au sein de la nation française.

La France apparaît dans ce qu'elle propose d'infiniment médiocre, dans son refus de l'autre, dans ce qui se ressent déjà des tragédies à venir. La France, qui n'est pas réductible au seul état français, n'a guère accordé d'assistance aux républicains espagnols. Elle n'accueille pas les réfugiés. Elle les interne et les contraint à survivre dans d'effroyables conditions.  "Pire que des bêtes. On n'avait même pas d'étable, pas d'enclos, pas d'antre, pas de terrier. Là-bas, à Saint-Cyprien, on vivait sans abri, sans toit ni muret qui arrête le vent. Jusqu'à la terre qu'on ne pouvait pas toucher, impossible de s'abriter sous un arbre, de caresser un brin d'herbe, un roseau, de laper un peu d'eau qui ne soit pas saumâtre."

Xavier Bengurel met à nu les relations qui s'établissent entre les vaincus et ceux qui les observent sans la moindre aménité. Si tant que le mot "relation" ait encore dans du sens dans ces circonstances si particulières. "...un gros monsieur tout en rondeurs, ventru, solide et calé dans le fauteuil rouge de sa Citroën, nous dévorait du regard. En fait, c'est moi qu'il avait choisi pour son examen. J'ai baissé la tête parce que j'avais honte, parole d'honneur. La distance qui nous séparait alors était immense, aussi considérable qu'entre sa tripe et la mienne, entre son monde et mon monde: il avait une manière de me regarder, de haut en bas, de tout à rien, qu'à cet instant précis il m'a semblé que je cessais d'être un homme, qu'il m'obligeait à me considérer comme un chien galeux.... Si à cet instant le monsieur dans sa Citroën m'avait offert une pièce de monnaie m'avait offert une pièce de monnaie, peut-être que je lui aurais dit "merci", peut-être que je lui aurais craché au visage. J'ai tourné le dos pour ne plus être vu, pour ne plus me voir dans ses yeux répugnants..."

 

 

"Chair" de Max GENEVE (La Musardine). Un écrivain, à peine plus jeune que ne l'est aujourd'hui le Lecteur, goûte aux plaisirs de la chair en la compagnie d'une belle et jeune femme. Court roman coquin et libertaire qui s'achève en apothéose, du moins aux yeux du Lecteur! "Seule une religion qui a pu inventer l'Eucharistie -soit un rite proprement cannibale ("Ceci est mon corps, mangez-le en mémoire de moi, ceci est mon sang..." ou encore, plus explicite chez Tertullien: "La chair se nourrit du corps et du sang du Christ pour que l'âme se repaisse de la force de Dieu"), fut-il sanctifié par le sacrement -, et mettre en scène de façon spectaculaire la crucifixion comme apothéose christique, seule une religion de tourmenteurs et d'inquisiteurs pouvait tordre la pratique amoureuse en obscénité tératologique."

 

 

"La vie est brève et le désir sans fin" de Patrick LAPEYRE (P.O.L.). Patrick Lapeyre a tort: le désir du Lecteur s'est bien vite éteint. Il s'est en est donc tenu à une platonique relation avec un roman qu'il juge insipide et sans saveur.

 

 

"Suite(s) Impériale(s)" de Bret Easton ELLIS (Robert Laffont). Roman américain, si bien dans l'air du temps lequel, selon les exégètes, souffle sur la côte ouest. Produit périssable dans de très courts délais, donc sans aucun intérêt.

 

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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Yola 08/05/2011 15:19



La vie est brève et le désir sans fin, un trop beau titre pour être honnête?