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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

L'oubli que nous serons" de Hector ABAD (Gallimard). Freud a tort: il est inutile de tuer (symboliquement) le père pour exister. Hector Abad fait revivre le sien et lui clame son amour. Hector Abad existe puisqu'il est publié chez Gallimard.

 

 

"L'heure de pointe" de Dominique SIMONNET (Actes Sud). Le Lecteur remercie celui qui fut le rédacteur en chef de l'Express pour l'avoir accompagné lors de courts voyages sur quatorze des lignes du métro parisien. Les rencontres furent, elles, à ce point fortuites que ne subsistent en sa mémoire de Lecteur que d'inconséquentes silhouettes et quelques mots dispersés au gré de ses humeurs.

 

 

"L'ivrogne et la marchande de fleurs" de Nicolas WERTH (Tallandier). Comme il est lourd d'encore et toujours porter le fardeau d'un slogan qui connut son heure de franc succès, chez nombre de militants bolcheviques, au beau milieu des années 70: "le bilan globalement positif". Celui de l'URSS, bien entendu. Le Lecteur ne se dédouane pas: en ces années-là, il n'a pas regimbé, il eut même tendance à se fondre dans la masse. Alors que bien avant même que ne s'ouvrent les archives soviétiques, bien avant que Nicolas Werth ne décrive, documents à l'appui, la Grande Terreur de 1937, les crimes du camarade Staline étaient depuis belle lurette de notoriété publique. L'intérêt de ce livre, c'est à la fois d'établir un bilan de ces crimes mais aussi et surtout de mettre à nu le système qui en fut le promoteur. "On" rétorquera au Lecteur que Staline et son système, ce ne fut pas le communisme. Sans doute. Mais c'est bien ce système centralisé, ce système pyramidal, cette dictature du prolétariat transférée dans les mains d'un seul homme qui reste le facteur majeur de toutes les abominations commises.

 

 

"Tomates" de Nathalie QUINTANE (P.O.L.). Non pas un insignifiant zéphyr mais un formidable ouragan d'air pur! 130 et quelques pages, annexes incluses. Découvertes d'un seul trait par le Lecteur. Un récit qui commence par une brève explication sur l'art d'entretenir les plants de tomates. ".... je me suis vue travaillant ce faisant comme à Tarnac, la culture de tomates dans une zone très limitée de mon jardin en étant l'une des plus visibles, un extrait ou un renvoi..."

Tarnac. Le nom d'un village qui traduit ou révèle l'arbitraire et la violence qu'exerce l'Etat. Une sorte de fascisme rampant qui se camoufle sous les oripeaux de la démocratie. Une démocratie qui étouffe plus qu'elle ne libère le Peuple, mais avec l'alibi du consentement. Nathalie Quintane s'évertue à déchirer le rideau des apparences, à débusquer la multitude des mensonges et des falsifications. "Que tout se gouverne à la peur, que tout s'exprime dans le vocabulaire de la sécurisation et que tout soit aligné sur cet horizon fait douter quelqu'un."

"Tomates", cet essai, ce presque poème, ce texte tout plein des doutes qui donnent sens à la démocratie, ce bouquin a bousculé le Lecteur. Lui qui se cherchait des proximités. Lui qui donc se réjouit et se ressent de l'envie de confier ce livre à ses proches, à ses amis, à celles et ceux qui ne savent plus trop ce qu'ils ont à faire dans la société au sein de laquelle elles et ils survivent.

"On ne dit pas fascisme comme ça pour un oui ou pour un non. Je ne dis pas fascisme comme ça pour un oui ou pour un non. Le fascisme, en Espagne par exemple, c'est petits tricornes noirs de toreros et mitraillettes sur torses nus suants (pour ce qu'on voit quand on y va enfant en vacances), c'est mains sur la tête, c'est rue dégagée en 30 secondes, c'est exécution au garrot vil: tu es assis sur une chaise, bras attachés aux accoudoirs, le garrot passe sur ta gorge (fais ça avec un gros élastique, celui pour arrêter le sang avant la prise), on le tourne sur ta nuque, ensuite ta tête pend. Le fascisme, c'est la détention administrative: tu rentres en prison, tu ne sais pas quand tu sortiras, tu ne sais pas si tu sortiras. Le fascisme, c'est quand tu ne peux rien dire chez toi, et surtout rien au téléphone; si tu veux dire quelque chose, même anodin, intime, tu ne peux pas le dire chez toi, tu dois aller loin, dans la nature, ou dans un endroit bruyant, bord d'autoroute, hypermarché." Il n'y a pas loin d'hier aujourd'hui, de Madrid à Tarnac.

 

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Philippe Maréchal

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