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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

"D'acier" de Silvia AVALLONE (Liana Levi). Le Lecteur est un vieillard méfiant qui n'apprécie guère que l'on veuille lui forcer la main et que, sous le prétexte de succès éditoriaux de l'autre côté de l'Alpe, on lui claironnât illico l'émergence d'un chef d'oeuvre. Donc le Lecteur met les points sur les i: "D'acier" n'est pas un chef d'oeuvre. Mais il s'agit bien d'un roman qui révèle le talent d'une jeune auteure. Une jeune auteure qui a pris le risque d'évoquer ce qui, selon les larbins du Capital, serait en voie de paupérisation irrévocable: la classe ouvrière. En l'occurrence, et dans ce beau roman, les sidérurgistes.

(Le Lecteur parenthèse très brièvement. Il apparut en France une jeune et prometteuse écrivaine - telle fut tout au moins l'opinion du Lecteur - qui, voilà sept ans, publia chez Stock un roman intitulé "Les derniers jours de la classe ouvrière". Un beau roman. Un pudique et chaleureux hommage à un sidérurgiste lorrain, militant syndical et politique, le père de l'écrivaine. Greffé au souvenir de ce que fut le Pays Haut. L'auteure a, depuis, viré de bord. Désormais, elle "fait de la politique". Professionnellement. Aurore Filippetti, bien entendu.)

Donc les sidérurgistes. Ceux de Piombino. Pas très loin de Livourne, face à l'île d'Elbe. Un des hauts lieux de la sidérurgie italienne. Un haut lieu réduit à très peu de choses, mondialisation oblige. Licenciements. Désindustrialisation. Chômage. Misère. Une misère qui peine à se dissimuler à l'intérieur des HLM érigées du temps de la splendeur du PCI. Un "grand ensemble", avec sa rue Stalingrado, bien entendu. Silvia Avallone restitue avec brio la vie ordinaire d'une classe ouvrière acculée au désespoir et contrainte à vivre d'expédients.

Les réticences du Lecteur concernent les idylles dont la narration jalonne le roman. Sans jamais vraiment le parasiter mais en édulcorant parfois le propos. Certes, le Lecteur n'ignore pas que pour atteindre au paradis, la classe ouvrière est désormais contrainte d'emprunter des chemins de traverse. Certes, il est en mesure d'en témoigner, les amours adolescentes sont rarement conformes à l'imaginaire défraîchi des adultes. Mais peut-être que sont superflues les dernières pages. Sauf à vouloir prouver que la rédemption ne relève pas de l'impossible ou de l'inimaginable.

 

 

"Parle-moi un peu de Cuba" de Jesus DIAZ (Métailié). Le Lecteur avait découvert ce roman voilà une bonne dizaine d'années. Métailié a eu l'excellente idée de le rééditer. Quoi de plus normal? L'oeuvre n'a pas pris une ride. Les infinies souffrances consécutives à l'exil. La nostalgie de l'Île natale, paradis socialiste pour les uns, enfer pour les autres. L'humour de Diaz le conduit à tracer des frontières fluctuantes entre les deux domaines. Quant au plaisir du Lecteur, il dut identique à celui qu'il connut lors de la découverte, voilà donc une bonne dizaine d'années.

 

 

"Qu'as-tu fait de tes frères?" de Claude ARNAUD (Grasset). "La nostalgie ne constitue jamais une bonne politique, mais elle traduit à l'occasion une intuition fondée: on ne reverra pas de sitôt une époque si excessive. Nos vieux pays n'en ont plus les moyens, ni même l'envie. Chacun a trop réellement peur de la misère pour s'offrir le luxe de tout renverser." La nostalgie ne débouche jamais sur une bonne littérature. Claude Arnaud s'est évité ce piège-là. Bien que son roman autobiographique s'immerge dans des périodes de turbulences, et en tout premier lieu les années 70 et 80. Bien que Claude Arnaud ait fréquenté beaucoup de ceux qui furent des acteurs importants (essentiels?) de ces années de turbulence(s). Mais rien d'ostentatoire dans le propos. Au contraire, une grande pudeur, la pudeur qui sied aux modestes. Dans le tumulte d'alors, il y a une famille. Une famille qui, en dépit de son assise sociale, ne protège ni ne prémunit contre aucune dérive. Trois frères, et un petit dernier. Ce qu'il aurait pu ou dû advenir. Ce qui n'advint pas. Le Lecteur entend par là, la réussite telle qu'elle se concevait alors. Trois frères et leurs errances respectives. Les drames accompagnés de leurs souffrances. La mort. Un roman que le Lecteur aborda en catimini, mais dans lequel il finit par s'immerger puis par s'identifier. Le roman d'un temps qui n'est plus, d'un temps dont les traces s'estompent. Claude Arnaud ne dénigre ni ne caricature. Il est le Narrateur. Et sa Narration mérite plus que du respect ou de l'attention.

 

 

"Fugue et rendez-vous" de Bruno BAYEN (Bourgois). 1961. Une éclipse du soleil. La fin de l'enfance. Puis "un quarteron de généraux félons". Une année si particulière. Bruno Bayen reconstitue par touches légères sa vie de lycéen parisien. Comme pour créer un tableau impressionniste. Le Lecteur entend par là la restitution d'impressions, celles qui jalonnent les quelques semaines qui sont celles de la rupture (plus que de la cassure) pour un enfant enclos dans une famille plutôt portée sur la tradition. Un Lecteur peu passionné, en dépit du fait que l'année 1961 laissa en lui des blessures qu'il n'évoquera pas ici. Non que le roman ne l'ait pas concerné, mais son mode narratoire n'a su captiver son attention ni vraiment l'émouvoir.

 

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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Yola 12/06/2011 13:11



C'est précieuxde réfléchir sur ce qu'était le monde ouvrier et ce qu'il est devenu. Ça me rappelle une belle pièce de théâtre que j'ai vue il y a longtemps: Loin d'Hagondange de Jean-Paul Wenzel,
qui abordait ce thème de façon très émouvante.