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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

L'agglomération de Montpellier inaugurera sa treizième médiathèque à Pérols. Ce qui est fort bien. La lecture publique occupe une place d'exception dans cette agglomération. Le Lecteur en témoigne.
Ce nouvel équipement portera le nom de Jean Giono. Le choix réjouit le Lecteur.
Ce qui le réjouit beaucoup moins, ce qui parvient même à l'irriter, c'est le mot de trop dont fit usage l'auteur de l'article qui annonce l'inauguration dans "Harmonie" (mensuel de l'Agglomération, janvier 2012). "Une exposition, Jean Giono ou le cœur de Noé, présentera la vie et l'œuvre du célèbre écrivain provençal."
Le recours au cliché réducteur, qui enclot Giono dans le "provençialisme", est plus que superflu. Il fait affront à une œuvre dont il est désormais légitime d'affirmer qu'elle atteint à l'universel. En effet, Giono ne s'est jamais refermé sur ses territoires. Ils lui ont simplement servi de cadre pour traiter de problématiques générales. Comme, par exemple,dans "Le Grand Troupeau", la seule œuvre majeure consacrée à la première guerre mondiale qui explore d'autres domaines que ceux tranchées et de la souffrance des combattants. Le seul roman sur cette effroyable boucherie qui accorde autant de place aux femmes, celles qui se chargèrent, loin du front, du côté de Valensole, d'entretenir la flamme de la vie.
Giono, enfant d'immigrés italiens, ne fut provençal (Manosque) que par hasard, mais il fut nécessairement homme.
 
 
"Room" de Emma DONOGHUE (Stock). Roman sur l'enfance. Roman  inaccessible à un Lecteur vieillissant qui point ne comprend le langage infantile, fut-il mis au service des plus nobles causes.
 
 
"Mont Blanc" de Fabio VISCOGLIOSI (Stock). Retour très pudique sur l'effroyable incendie qui, le 24 mars 1999, provoqua la mort de 39 personnes dans le tunnel du Mont Blanc. Pas la moindre trace de voyeurisme. Si la colère se perce parfois, elle est toujours contenue. Le père et la mère de Fabio Viscogliosi furent deux des victimes de ce drame. L'écrivain referme le tombeau sur deux corps réduits à rien. Le deuil, dans une émouvante sobriété, s'assume sans qu'il soit besoin d'intercesseurs. Les mots suggèrent l'achèvement. La vie, quant à elle, continue.
 
 
"La petite chartreuse" de Pierre PEJU (Gallimard). Retour affectif. Vers un roman qui avait touché le Lecteur voilà bientôt dix ans. L'histoire d'un drame ordinaire: l'enfant qui traverse la rue en courant et que percute un véhicule. Le véhicule du libraire, "la bibliothèque vivante qu'il aura été toute sa vie". A travers ce drame, Péju décortique les phases ultimes de l'agonie d'un monde. Sans qu'il soit possible d'imaginer une quelconque rémission. L'enfant a survécu à l'accident, mais il (elle!) ne manifeste aucun désir de vivre. L'univers du libraire se consume dans un incendie. La mère de la fillette a fui vers les contrées de l'illusoire. Ne reste que le vide. "Tout en bas, de moins en moins distinctes, les bêtes noires remuaient leur dos, haussaient leurs épaules difformes dans la mousse argentée du torrent. Et les sales bêtes devenaient de mystérieux volumes, bien fermés sur eux-mêmes." De la vraie, de la grande, de la très belle littérature!
"Qui saura, dans un avenir pas très lointain, ce que représentaient, pour des gens comme moi, les libraires et les librairies? Ce que signifiait, dans une ville, grande ou petite, la présence de ces lieux où l'on pouvait entrer dans l'espoir d'une révélation. Qui se souviendra de la façon paisible dont on pénétrait dans ces antres à l'odeur de papier et d'encre? De cette façon de pencher la tête pour déchiffrer un titre nouveau, puis un autre, des noms d'auteurs familiers ou inconnus, afin de glaner des indices et des signes vivants sur les couvertures claires?
 
 
"Persécution" de Alessandro PIPERNO (Liana Levi). Leo Pontecorvo est le prototype de l'homme auquel tout réussit. Tant sur le plan professionnel qu'au niveau de la vie affective et familiale. Jusqu'au jour où un grain de sable s'introduit dans les engrenages de la machinerie. Lorsque, suite à une virulente campagne médiatique, il devient tout à coup celui qui a transgressé les codes en vigueur. Lorsque la justice instruit son procès sur la base de dénonciations formulées par une gamine de douze ans. Rien ne peut arrêter le cours des choses. Une lente et inexorable descente aux enfers. Dans une Italie où la corruption devient l'obsession des juges. Leo Pontecorvo ne résiste pas. Leo Pontecorvo se replie sur lui-même. Il est devenu le coupable idéal. Ses origines juives l'ont-elles préparé à la persécution ou font-elles de lui une victime résignée? La question n'est pas anodine, bien au contraire. Elle renvoie à d'autres interrogations, et donc à d'autres drames. Voilà un roman que le Lecteur a parcouru à perdre haleine, une œuvre magistrale qu'il recommande à toutes celles et à tous ceux qui ont encore foi en la littérature.

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Philippe Maréchal

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Yola 21/01/2012 19:38


La réflexion sur les librairies vaut, pour moi, aussi pour les bibliothèques. J'y ai passé des  heures et des heures quand ayant découvert sur un des rayons un roman j'étais trop impatiente
de le dévorer pour attendre de rentrer à la maison…

philippe 20/01/2012 20:39


bonjour, je pense pouvoir vous mettre en contact, je vous appelle lundi 23...


amicalement Philippe

BOIRIN Maryse 20/01/2012 11:16


URGENT


 


Bonjour,


 


Je suis à la recherche de l'auteur du blog travel (B) log. Si vous êtes en contact, pourriez vous lui transférer ce mail? Merci
beaucoup!


 


---


 


Je travaille pour la Médiathèque Anne Fontaine d'Antony, en section Jeunesse, et suis à la recherche de photos libres de droits
pour une exposition sur les "maisons du monde", pour avril 2012.


 


Nous allons décliner plusieurs sous-thèmes sur des panneaux :


·         maisons
naturelles


·         mobiles


·         les matériaux de
construction;


·         etc.


 


Ainsi qu'un panneau sur les intérieurs. Nous allons parler des maisons népalaises et serions très intéressés par votre photo
:


 


http://nongrataproduction.typepad.fr/photos/uncategorized/2007/10/18/dal_bath5.jpg


 


Avec votre accord, nous intégrerions votre photo sur notre panneau pour parler de la vie des Népalais, du point de vue de leur
foyer, avec la mention en bonne place et visible de votre copyright.


 


Bien évidemment, aucune utilisation commerciale ne sera faite de votre cliché.


 


Pourriez-vous nous faire parvenir votre photo originale ? En effet, nous avons besoin d'une haute résolution pour imprimer nos
panneaux en 300 dpi.


 


Pourriez-vous répondre à ces adresses : maryse.boirin@ville-antony.fr, romain.santamaria@gmail.com ?


 


 


Cordialement,


 


Maryse Boirin


Section Jeunesse


Médiathèque Anne Fontaine


01 40 96 69 78