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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique littéraire d'André Blanchemanche

"Yanvalou pour Charlie" de Lyonel TROUILLOT (Actes Sud). Le livre des deux mondes. Les damnés de la terre. La poignée de nantis. Entre les deux, l'étroite passerelle par laquelle quelques uns des damnés parviennent à s'infiltrer, à s'insinuer dans un monde qui n'est pas le leur, à y trouver parfois une confortable sinécure. Tout cela en Haïti, bien entendu, puisque Trouillot est haïtien (et qu'il vit à Port-au-Prince). Et voilà qu'un beau jour, l'avocat promis à un brillant avenir se voit contraint d'emprunter la passerelle en sens inverse et de s'en revenir parmi les damnés de la terre. Des étrangers en son propre pays.

Le Lecteur a parcouru ce roman sans jamais reprendre son souffle. Déchiré de partout. Endolori: 'homme d'en haut n'entend plus l'homme d'en bas. Non qu'il l'ignore: il tend à l'éviter, à ne pas l'écouter. "Même pour de mauvaises raisons, quelqu'un qui vit dans la vraie vie peut agir assez vite pour servir une bonne cause. Mais que comprend à la vraie vie une fonctionnaire du bien qui travaille à heures fixes et se paie en devises? Depuis qu'elle coordonne la gestion de l'aide aux nécessiteux, les tailleurs de Francine sont bien mieux coupés et l'on ne voit plus, dans ses yeux, toute la misère du monde. Elle a bu une mixture de pouvoir et bonne conscience qui la fait exulter."

Le roman de Trouillot offre un tableau d'un réalisme cru sur des sociétés humaines qui ont égaré les vieilles utopies que les élites déclarent archaïques. Puisqu'il n'est plus d'autre perspective que de se soumettre à un ordre prétendument naturel. Un roman à découvrir de toute urgence pour celles et ceux qui ne se résignent pas au pire.

 

 

"L'histoire du scorpion qui ruisselait de sueur" de Akram MUSALLAM (Sindbad). Le romancier est palestinien. Et c'est bien dans l'histoire d'un peuple martyr que s'inscrit le récit du mal vivre du narrateur. Le roman du vide, le roman de l'impuissance à influer sur le cours des choses. A l'instar du scorpion qui, privé d'eau, perd son venin.

 

 

"Assez parlé d'amour" de Hervé LE TELLIER (Lattès). L'amante résolue. L'amante irrésolue. Des bovaryations sur un mode mineur, nimbées d'un lacanisme nécessairement récessif. Un roman plus drôle que les angoteries ordinaires. Par la vertu d'un chapitre qui est le bijou de ce roman: la plaidoirie de Louise devant la "conférence Berryer" (concours d'éloquence du barreau de Paris).

 

 

"Mathilda Savitch" de Victor LODATO (Liana Levi). Les séquelles des attentats (mais aussi des guerres) dans l'imaginaire d'une adolescente américaine dont la soeur aînée vient de se suicider. Le Lecteur s'est laissé subjuguer par ce récit qui emprunte sa voix, sa tonalité, ses accents à l'adolescente. Sauf qu'après avoir refermé le livre, il s'est tout de même demandé s'il ne s'était pas laissé manipuler, comme entraîné malgré lui vers des contrées qu'en règle générale il s'interdit de fréquenter. Une dérive qui, soit-il précisé, tendrait à démontrer que Victor Lodato est un écrivain talentueux.

 

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Philippe Maréchal

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