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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique littéraire d'André Blanchemanche

15160839.jpg"Loin" de Renaud CAMUS (P.O.L.). Loin, loin, très loin de la littérature dont se repaît le Lecteur. Près, si près de ce qu'il considère comme le néant.

 

 

"Nous sommes tous des playmobiles" de Nicolas ANCION (Pocket). De l'humour. Un humour décapant. De l'humour belgien. Même si, comme presque toujours, dans un recueil de nouvelles, il y a les textes qui retiennent l'attention et les autres, ceux que le Lecteur considèrent comme périssables. Lequel Lecteur a tout particulièrement savouré "Bruxelles insurrection". Raymond Boileau, secrétaire de l'Académie Française, est kidnappé dès son arrivée en gare du Midi par deux insurgés. Deux rêveurs, des militantes anti-francophonies qui malmènent quelque peu la Vieille Chose Vacillante afin de lui arracher sa signature au bas d'un texte revendicatif. Du très drôle. Du décapant. Qui a ravi le Lecteur.

"... Tout ce qu'on te demande, Paul, dans le blanc des yeux, là, maintenant, c'est d'avoir l'honnêteté de dire pourquoi on t'a fait ça. Tu leur diras, à tes amis de Paris, qu'on en a plein le cul de leur condescendance et de leur paternalisme. Il serait temps qu'ils se rendent compte, dans leur tour d'ivoire, d'où y ne voient rien du tout, que c'est leur accent à eux qui nous fait rigoler et leur littérature d'arrondissement qui nous fait ronfler à chaque page. Tu pourras leur dire que c'en est fini des temps paisibles où la Ville Lumière pouvait jouer les monarques sur un peuple soumis. Les anars de la francophonie préparent leur révolution. Sans armes, sans coups de feu, juste un gigantesque bras d'honneur de toutes les colonies qui en ont marre. Qui ne s'abaisseront plus ni devant le champion de la dictée de Pivot ni devant le lauréat du Goncourt. Notre langue et notre littérature, nos langues et nos littératures, nous allons les partager, les faire circuler, sur toute la planète sans passer par la case Paris......"

 

 

"Les femmes" de T.C. BOYLE (Grasset). L'épicerie Grassouillet et Flasquelle est, dans l'univers de l'édition marchandisée, celle que le Lecteur s'évite, en règle générale, la fréquentation. Mais il advient que se produisent des sortes de miracles et que, touchée par la grâce, la dite épicerie propose un grand et beau roman.  Tel "Les femmes" de T.C. Boyle, une œuvre que le Lecteur range d'emblée parmi les plus conséquentes au sein d'une littérature américaine d'aujourd'hui pourtant riche de très grands talents. Ne s'arrêter que sur les pages qui retracent de manière non linéaire la biographie d'un des plus grands architectes contemporains (Frank Lloyd Wright) marginaliserait le propos de l'écrivain. L'ambition de T.C. Boyle vise, en effet, à brosser le tableau d'une société refermée sur des dogmes (ou des vérités) dont elle interdit la transgression. Or, Wright transgresse. Dans son œuvre, bien entendu. Mais aussi et surtout dans ses amours hors des liens sacrés du mariage. Dans la compagnie de femmes qui, elles aussi, transgressent et mènent, chacune à leur façon, un difficile et douloureux combat pour atteindre à cette liberté que la société leur refuse. Avec, pour comparse, un assistant du Maître, un jeune japonais qui observe le monde au sein duquel il tente de faire sa place tout en se confrontant à l'hostilité (plus que la curiosité) de son environnement.

"Des femmes" s'inscrit parmi les œuvres les plus fortes, les plus signifiantes que le Lecteur ait découvert au cours de ces dernières années.

 

 

"Là-haut, tout est calme" de Gerbrand BAKKER (Gallimard). Un choc. Le Lecteur entend par là une rencontre dont il n'attendait rien de particulier. Mais dont au terme de son parcours d'un peu plus de 300 pages, Il se retrouve cul par dessus tête. Bousculé qu'Il fut par l'histoire de ce paysan hollandais qui survit en la seule compagnie d'une vingtaine de vaches et de génisses, d'autant de brebis, de quelques poules et deux ânes. Dans la proximité du père grabataire qu'il a exilé dans une chambre remplie des quelques souvenirs familiaux. Bakker décrit avec une stupéfiante économie de moyens la lente, l'inexorable agonie d'un monde, celui de la ruralité. Âpre, dur, brutal, taiseux, ce monde-là. D'autant plus âpre, dur, brutal, taiseux que, comme le chanta Brel, "la vie ne fait pas de cadeaux". Ici, dans ce roman, la mort accidentelle du frère, du jumeau. Un roman à la flamande, avec des couleurs à la Bruegel, et de petites gens enclos dans des espaces fermés dont la mer n'est jamais bien loin, de petites gens soumis aux frimas, mais que réjouissent et qu'exaspèrent les heures flamboyantes des étés. Des contrées où l'on attend la mort, cette mort à laquelle on se résout, on se soumet. Sauf à s'évader, pour quelques jours ou pour une très provisoire éternité, vers des contrées encore plus septentrionales.

 

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Philippe Maréchal

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