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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

on my knees

humeur-du-chef-1227.jpgC’est l’heure où les cuistots et les barwomen mangent. Toujours le blues qui coule à l’abri derrière les vitres du bar. Ce matin dans le métro une femme était à genoux appuyée sur les mains, le visage contre le sol. Elle avait posé un gobelet en plastique devant elle. Des courants d’air froid engouffrés dans ce tube en céramique glaçaient jusqu’au os.  Sur les murs de la pub pour des voyages de rêves et deux têtes de cons qui expliquaient dans leur com pour avion comment ils s’envoyaient en l’air. Une annonce qui dégueule depuis les boites à paroles, « attention des pic poquet peuvent… » Ouais c’est sûr qu’ils peuvent. Même qu’il faut garder son portable dans la poche qu’ils rajoutent, et puis en anglais, en allemand, en japonais, en volapuk, et tout çà.  Tu vois les gens qui instinctivement mettent leurs mains dans les poches. Faire gaffe, garder son pognon, surveiller jusqu’à son cul. Marcher, marcher et sortir du tuyau. Passer devant la vieille à genoux. Passer comme un courant d’air,  sur elle comme une caresse froide. Ignorer, se donner bonne conscience en se disant, c’est sûr, elle est obligée par une bande d’abrutis. N’empêche. Elle est à genoux et je suis là devant. Moi je suis debout. A genoux, je connais, çà fait mal au cul, çà fait mal au cœur. C’est un putain de boulot, d’autres baissent leurs frocs à longueur de journée pour la même chose, mais au chaud et sans en avoir l’air. Une autre vielle n’arrive pas à sortir de la rame, j’ai faillit prendre sa canne dans la gueule. Elle chancèle. Elle trébuche. Elle m’atterrit dans les bras. Elle gueule contre le métro qui veut repartir. Sonnerie. Je tends la main pour que le conducteur me voit. La sonnerie s’arrête. Je remets la vieille sur les voies, enfin sur le quai. J’embarque. On repart, « merci beaucoup » dit la diffusion interne du métro. Autour de moi, on me regarde, étonnés, curieux.  Ben quoi, Je suis pas Bruce Willis, lui il est sur les affiches, à côté d’une pub pour un Smartphone. Je repense à l’autre à genoux. C’est notre humanité qui est à genoux.

Au comptoir, un vieux et sa bière de 11 heures  lit son journal dont il tourne les pages d’une main tremblante. Sur le tabouret d’à côté un gros casque de motard. Je ne regarde que le casque, au dessus le mec cause de ses recherches de boulot. Faut un diplôme de chercheur pour en trouver qu’il dit. Sur le trottoir d’en face, une femme en laisse se fait entrainer par son chien qui a décidé de passer au rouge. Un camion de vitrier pile. Un balayeur vert fluo et emmitouflé repousse une merde du pied.  Le bousculant, Y’a un gros qui suit son ventre. Et le blues, John Lee Hooker, toujours John Lee Hooker. Le cuisinier indien  mange des nouilles avec une fourchette. Je rêve d’être à Dehli et manger une masala dosa avec  les doigts. Un morceau de guitare, sèche, une mélodie, tiens je pleure, c’est con, on est rue de la Gaieté.

 

 

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Philippe Maréchal

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