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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Petites histoires d'en bas

Le samedi matin, au « Café du Temps », on se la refait façon Bar de la Marine. La mer n’y est pas, mais la montagne veille. La chaleur de l’accent provençal s’est chargée de sel en survolant la Camargue  proche. Légèrement enrhumé, il a subit les influences du Rouergue, ce vent du nord qui postillone ici quelques gouttes froides par temps d’hiver. 

 

S’il a les joues un peu couperosées, c’est qu’il travaille dur au grand air. Collé à la manière d’un post it. un mégot jaunasse écobue et pendille. La casquette en arrière, un œil sur son jeu, l’autre transperçant la fenêtre astiquée et ensoleillée, Armand, la cinquantaine rebondie, employé communal de son état, tripote le paquet de cartes : 

« - Avise ceux qui passent dans la rue ! Des margoules, je te dis, des oiseaux de passage... »

 Préparant quatre pastis derrière son zinc, le patron tourne la tête au dehors. André, gilet de barman, manches retroussées comme il se doit,  grand chauve au teint pale, rehaussé de sourcils en accent circonflexes, répond indigné :

-Bats les cartes au lieu de sortir des âneries que s’en sont presque des méchancetés...

 - Pôvre, Margoule, ce n’est pas méchant ». Répond Armand mi- gêné, mi content.  Il balance sur la table un demi paquet de cartes d’un geste court à cause de l’embonpoint.

« -Ben non, c’est pas méchant. C’est même tout à fait naturel... c’est juste un nom d’oiseau que tu rajoutes à une liste longue comme un jour sans fin ! » Lui répond André en rangeant la bouteille d’apéro.

« -Hé, ils sont tout dépenaillés, habillés de plusieurs couches comme des oignons, on dirait des cèbes qui se meuvent... »

Elton, en face d’Armand lui répond : 

« -t’en fais une belle, range tes cartes, figure de coucourge ! »

Les réflexions racistes d’Armand exaspèrent Elton. Elles décuplent son accent                        espagnol mâtiné d’américain. Elles font trembler sa chemise à carreaux. Elles gondolent sa veste en cuir noir aussi ridée que son front est plissé. Même par temps sec, ce genre de considérations embuent ses lunettes de Lou Reed et blanchissent sa crinière rassemblée en natte depuis sa guerre de 68. Enervé, il sort son tabac hollandais et s’en roule une ...

 

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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