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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Plan fixe sur un comptoir

Photos No limit 133La lune est rousse. Elle est Kilkenny comme la dernière bière avant d’embarquer. Son reflet glisse sur l’eau. Elle accompagne le regard rassuré par cette présence toute féminine. Devant la barre, fourrée au cuir, deux hauts parleurs diffusent en douceur « What do New York couples fight » about » de Morcheeba.

Qu’importe le sujet, les voix et la mélodie m’emportent et s’accordent à ce moment, en mer, la nuit, la lune, la voile immense et dressée pour le couvert pour un menu hors normes, une nuit de quart sur un voilier exceptionnel. Devant, la toile de spi parle avec discrétion faisant état d’une larme vers le haut qui indique que le réglage est bon.

Ca roule et la nuit est douce et les rêves sont relégués en arrière plan d’une réalité bien plus belle encore, cinquante deux pieds à frémir comme des chevaux de mer attelés et fonçant dans la nuit.

Je suis seul sur le pont, tandis l’autre, le maitre après Dieu, dort dans les entrailles de l’animal qui taille sa route en fendant les eaux froides de l’Atlantique.

La vague d’étrave laisse au bord éclairé par l’astre un scintillement de planctons innombrables comme un salut aux étoiles qui crèvent la voute céleste.

J’ai la chair de poule, un frisson de bonheur d’être comme posé là, à sentir avec le cul, comme on dit sur un voilier, la tenue de cette bête de course sur les flots qu’elle avale en recrachant dans son sillage une signature qui s’évanouit dans les ténèbres de l’océan. L’heure de la fin de mon quart est passée depuis longtemps déjà et je m’aventure à prolonger ma veille et ma gourmandise de tenir encore plus les reines de cette bête toute blanche.

Elle jaillit au portant comme un grand oiseau le fait d’un coup d’aile prolongeant son élan porté dans un courant ascendant.

Au matin, bon prince, il me dira, je t’ai laissé, je sentais  que le bateau allait bien. De sa part c’était un cadeau.

Dans mon bar ce matin, j’ai comme une larme qui faseye en haut du cœur gonflé comme une toile et qui révèle l’ennui d’un marin embouqué entre une rangée de chaises balisant son chenal qui mène jusqu’au ponton d’un petit zinc arrimé.

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À propos

Philippe Maréchal

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