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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Sous le soleil des néons

humeur-du-chef-4114.JPGJe suis devant mon petit noir. Mon Jus, ma tasse. Je bois la tasse. C’était écrit quelque part. Dehors, tout le monde est habillé en noir. De quoi porte t’on le deuil ?

Dans le métro une femme est revêtue tout en bleu. Son  bleu lumineux irradie. Elle semble regarder autour d’elle, étonnée. Elle fait sa curieuse comme moi de ce qui se trame dans les têtes qui dépassent. De tous ces oripeaux en berne, la tête s’échappe d’un côté. Au bout des mains, le téléphone portable éructe de l’autre, pour un autre, pour une autre. Clic clac, message à deux pouces. Clic clac, les portes automatiques. Clic clac, la porte de la rame. Clic clac, les pas dans les escaliers. Choisir le courant. Ajuster sa trajectoire. Aux carrefours des tunnels çà déboule. Chacun choisit un sens dans une direction. Tout cela  a t il un sens ? Une direction, deux sens. Je suis bousculé, balloté dans la cohue des fourmis à tête d’humain. J’ai tout mon temps. Les autres non, qui s’en vont au pas de course. Un bon marin ne court jamais. Je le suis, même ici.

Y’a un gars qui fait irruption dans la rame. On ne peut pas dire de quelle couleur il est habillé. « Excusez moi de vous déranger….j’ai pas de travail. Si quelqu’un peut me donner une pièce pour manger, un ticket restaurant…je vous remercie ». Le métro couine dans un virage. Ce sera sa réponse, sous le soleil des néons. Des regards sans âme le fixent. D’autres regardent ailleurs, le sol. Le sol crasseux. Une main farfouille dans sa poche. La mienne aussi.  Une clochette en porte clé, deux allumettes, des miettes de tabac, un vieux ticket de métro et quelques pièces.

C’est un boulot d’arpenter les rames comme on part à la chasse. Des portraits de belles personnes ornent les murs du métropolitain. Elles sont toutes en courbures comme les reins d’une fée, comme les murs des tunnels parisiens. Chacun vend ce qu’il a, de la beauté pour les uns, de la misère pour les autres.

Guitare dobro, slide, bottle neck,  le temps s’arrête à l’ouest. Ca piaule  sur les cordes, et  Ry Cooder dans ma tronche. Ca transperce jusqu’au cœur. Bagdad café, je suis dans mon Bagdad café. Une grosse dame passe sur le trottoir. A deux tables, y’a deux mecs en vis à vis qui parlent fort, qui s’animent. Ils parlent de combats, de coups et d’honneur. Ce sont deux boxeurs. Ils rient. Chacun est attentif à ce que dit l’autre. Ne pas quitter un ring la gueule démolie, ne pas massacrer, donner, s’engager, lutter et vaincre ensemble. Putain c’est beau, on dirait du Borhinger. L’attention et le respect se logent là où l’on ne s’y attend pas.

Rue du Maine, y’a un type qui porte sa contrebasse, « la mémé ». C’est beau une contrebasse. C’est beau un type qui porte une contrebasse. C’est comme un couple d’amoureux. Cà fait vibrer les basses. Le type à la contre basse revient, il s’a gouré, contresens qui le fait croiser la grosse dame de tout à l’heure. Je les aime bien, c’est mon film. C’est mon film que j’aime bien.

Y’ a une porte de placard qui s’ouvre sous la machine à café. Un type en combi et en gilet vert fluo en sort. Il fait le tour du comptoir, un balai et un seau dans les mains. Il me demande de lui ouvrir la porte. Il est vraiment bien ce film.

 

 

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À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
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