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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Take it easy

Oh mon amour vient dans mes bras, que chante une femme sur un fond de New Orleans.

C’est lundi, retour à la Gaieté après deux jours de gris. C’est pas que çà me gène, çà me surprend, mon café croissant n’est pas cher aujourd’hui. Y’a une petite prime d’assiduité on dirait. Je suis près du chauffage comme à ‘école. Y’a du rouge, y’a du jaune. Fait chaud. Cà décongèle le cœur.

 

Mesdames et messieurs, le trafic est interrompu sur la ligne 6 à cause d’un accident de voyageur. Veuillez choisir un autre itinéraire. Nos agents sont à votre disposition pour plus de renseignements. C’est quoi les renseignements ? Il va bien le voyageur ? Il voyage vers la planète Mars ou bien ? On va recoller les morceaux, ou il est parti dans plusieurs colis ? On l’a poussé, ou bien il s’est poussé lui même, mû par un besoin irrésistible de s’envoyer en l’air pour 1 euro 70 ?

 

Dans la rame, c’est le silence des agneaux.  Annibal Lecter porte une échelle sur l’épaule. Il est revêtu d’une combinaison grise.

Il tient un seau et des paquets. Il fait dans le papier peint. Il s’en va coller des affiches sur les courbes, avec des têtes de winners.

Il me jette de temps en temps un regard inquiet. Assise sur le strapontin d’en face, un casque avec des moumoutes sur les oreilles, une jeune femme à lunettes, lit « Les mots latins ». Un autre à côté, absorbé, dans un costume noir et de rigueur, lit L’inquiétude ».  Pour la blonde à lunettes c’est un mot latin, un sms, un mot latin, un sms. Elle aussi de temps à autre m’observe et replonge vite fait dans les déclinaisons et sa télégraphie sans Phil.humeur-du-chef-4118.JPG

Un type rentre à Varenne. Un bonnet rasta sur la tête. Sous ses yeux des larmes sont tatouées. Excusez moi, mesdames et messieurs, ne me regardez pas comme une bête, je vous demande juste une pièce ou deux parce que c’est difficile, et ne me jugez pas, c’est humiliant de demander, c’est dur, juste dur de demander, ne me regardez pas comme une bête… moi je le fixe dans les yeux. Je le regarde.

Plus jamais je ne baisserai les yeux. Il me flingue autant qu’il me considère. Il démarre sa quête. Quand il est à mon niveau, je lui donne une pièce. Il me remercie. Il me dévisage d’un air étrange. Je l’attrape par le bras. Vous n’êtes pas une bête. Monsieur, vous n’êtes pas une bête. Vous êtes un voyageur comme nous. C’est pas first classe pour tout le monde mais on y va tous. On va tous au même endroit. Il me remercie en mettant sa main sur son cœur. Il continue sa course tout en continuant à me dévisager à chaque fois qu’il se retourne.

Tout le monde autour me dévisage à présent. Je suis un extra terrestre. A la station d’après, il s’apprête à sortir. Il hésite. Il me remercie d’une voix vive et d’un mouvement du corps comme quelqu’un qui aurait mal regardé une vidéo de Nadine de Rothchild.

La petite dame de l’autre côté de la travée me sourit d’un air compassé. Un mec plus loin me fait carrément la gueule en maugréant. Tous les autres me clouent. Putain qu’est ce qu’ils ont à me regarder comme çà ? Ouais, je sais, çà fait trois stations qu’il y a de l’eau salée qui dévalent sur mes joues. Ouis,Je sais les écluses ont pété depuis deux mois.

 

Au comptoir, y’a un type qui susurre,  qui tétine,  qui mordille, qui tire et qui aspire et qui extrait  de sa sucette un nuage de vapeur. Il vapote comme on tête un sein. Deux tables plus loin, un couple de beaux est assis. Une petite caméra et elle, elle filme son mec en lui disant parfait, continue comme çà. Plus  loin, un acteur sirote un citron. Celui là je l’aime bien. C’est une tronche que j’aime bien  dans les films aux teintes Caro et Jeunet.

Il joue le soir deux théâtres plus loin. C’est quoi un acteur ? C’est quelqu’un qui joue deux heures tous les soirs et qui vit le reste du temps. C’est juste le contraire des autres.

Qui lui tourne le dos, assis sur un tabouret, collé au comptoir, y’a un type qui réfléchit à chaque mot qu’il tape à deux pouces sur son portable. Il sourit autant qu’il s’inquiète. Il regarde au plafond. On peut lire dans ses pensées. Son regard se perd, se fige puis il revient à son message. Peser ses mots. Mettre la virgule là où il faut. Porter la phrase en l’assumant, dire l’essentiel et donner à espérer autant pour soi même que pour l’autre. Ah, il a eu une réponse. Forcément c’est pas la bonne, ou du moins celle qu’il attendait. Cà se voit rien qu’à sa gueule. Désolé mec, je vois à travers les crânes. Je suis fait comme çà. A force d’attendre ce qui ne vient pas, on accepte ce qu’on ne souhaite pas. Son visage s’assombrit, verse dans l’inquiétude. Faut revoir le chapitre des déclinaisons. Ou choisir un autre itinéraire.

 

Dehors, je tire ma sèche à l’abri. Y’a un type qui prend en photo, une belle et callipyge madame  qui se fait rhabiller sur une pub. Sort, le couple qui se léchait la bouche en regardant Popeye sur l’écran du bar. Il pleut.

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À propos

Philippe Maréchal

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