Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Transhumance, encore et encore...III

Petite facétie du temps qui passe. Il peut bien repasser puisque seul il est le maitre, son propre maitre, celui du temps. Il faut que tourne la grosse boule sur laquelle je marchais avec François. François c’est le grand à casquette dont je parlais peu avant, avant, bien avant le rocher plat qui s‘élançait au dessus du vide, avec son lichen et avec ses mousses, avec son petit bol creusé à même la pierre par un anonyme des temps perdus. François et moi, nous marchions en avant de la bande, en avant du troupeau. Derrière nous Bernard le berger guidait et contenait ses bêtes et parlait avec qui avait bien voulu le rejoindre de l’arrière. Suivait donc le troupeau de brebis, les chiens affairés aux trousses des dernières, les frondeuses, les resquilleuses, les curieuses, celle que j’aime même si c’est pénible que de les suivre là où elles vont afin de les ramener pour filer le train aux autres, les confiantes, les studieuses, les bonnes élèves, les bêtes quoi. Puis suivaient les marcheurs de queue, ceux qui font office de voiture balai, ceux qui devisent de pécoles* en pécoles*, sur la longueur du chemin, celle du temps qui passe, du temps qu’il fait, des chevaux qui escortent et broutent de temps à autre en tirant sur le licol sous la frondaison ou les futaies et puis l’ânesse et puis Paul et puis le compte y est si l’on ferme les yeux sur les nains et les elfes et les mauvais génies qui referment le sentier et brouillent les pistes. J’étais avec François deux cent mètres devant, déjà perdus un peu dans la brume sur ce chemin qui menait à la crête, en sous bois, en gris, marrons et jaune, en rouge, lui avec sa veste bleue et sa casquette des ports, ses chaussures de ville et son regard par-dessus les montagnes ; moi avec mes grosses godasses, mon bonnet de nain de jardin et nous parlions, de nos têtes vagabondes et de notre sens de l’orientation versatile autant qu’anecdotique lorsqu’il n’y a pas péril en la demeure. Il me disait se gourer de sens fréquemment dans le métropolitain et je luis disais qu’également j’étais distrait tandis qu’à mesure de notre progression dans la forêt disparaissait tout bruit, tous tintements de cloches et aboiements et qu’imperceptiblement nous emboitions le pas  dans l’inconnu d’une route qui s’inventait au rythme  de notre douce inattention. J’étais bien avec lui et lui regardait devant comme s’il voyait tout en affirmant qu’il se trompait souvent lorsque je m’aperçus que nous étions seuls et qu’il n’y avait plus personne derrière malgré notre cadence ralentie. La tribu avait quittée plus tôt le chemin forestier et avait repris la draille qui montait brusquement et raide au détour d’un virage vers son antique tracé et la crête toute proche. Nous avions mis à l’évidence François et moi qu’une distraction multipliée par deux suffisait à inventer un chemin et quitter celui du troupeau. Ainsi peut être dans la vie, en ayant l’air de rien il suffit de quelques pas pour quitter sans encombres les voies toutes tracées. Mais là, après rire on était revenu sur nos pas et avions repris ce qui était devenu la queue du troupeau... Petite facétie du temps qui passe puisqu’il est le maitre et me voilà ,à nouveau sur ma pierre à regarder, ahuri et sans comprendre le sens de tous ces raccourcis. L’ancien pastre avec ses deux bâtons, le regard sur moi à deux pas du vide, son doigt sur mon plexus et me disant c’est là, tu y es dans l’axe...il fallait que nous y soyons... tandis qu’à cet instant précis le cheval hennît et se cabrât violement sur le sentier étroit, tantôt dressé sur ses jambes postérieures tantôt sur l’avant en essayant furieusement de desseller comme on enlèverait victime d’un sortilège une chemise enflammée...A suivre 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
Voir le profil de Philippe Maréchal sur le portail Overblog

Commenter cet article

mobensim 20/11/2009 01:31


Se perdre dans les brumes en dissertant sur le sens de l'orientation...!!!!!!!!!!
Comme ce philosophe qui part dans le désert  " pour se chercher" et qui se perd .

C'est toute la vie, ça : partir en tête, se perdre, rebrousser chemin, trouver la traverse, avancer en buissonnière, oublier le chemin tracé, se perdre encore, avancer, avancer...