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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Un coeur à gare

28112506

Je butte sur les bagages en travers de la file indienne, composée de voyageurs au regard  curieux. Avant d'accéder aux places, ils étudient, en cycle long et en écrasant les pieds de la dame qui pleure sur le strapontin, le mystérieux fonctionnement de la porte vitrée, qui ouvre et qui se ferme et qui ouvre et qui se ferme, en croquant des valises trop grandes pour un train si petit. Je reste là, comme les autres, planté avec mon sac de marin au pied. Il est aussi étanche que je suis perméable à toutes les nostalgies. Ce n’est plus un cœur que j’ai, c’est une éponge. Je suis réceptif à toutes les tristesses. Je me revois dans la gare, tout à l’heure. La gare  noyée sous les effluves d’abandons. Elles flottaient autour de moi. Elles se mélangeaient à l’odeur du tabac presse, du snack d’en face. Les dernières clopes d’avant le départ crachaient une mélancolie exacerbée par le parfum si troublant d’une femme qui frôlait le sol plus qu’elle ne marchait. Un instant, il n’y avait plus rien d’autre que son parfum dans un petit courant d’air et ses cheveux et son cou. Je sursautais aux  claquements de la machine à composter. Les battements de mon cœur s’amplifiaient à l’écoute de l’annonce des trains six mille deux cent trente sept et six mille deux cent trente huit et du jingle qui ouvrait ces communiqués. La gare parlait au féminin. Moi aussi. Moi qui ne fumait plus depuis ce matin, je suis allé m’acheter du tabac à rouler et puis libé, comme un rituel qui remet le couvert. J’avais envie de pisser mais je n’avais plus de monnaie. Et tous ces gens qui partaient en vacances et moi qui pour une fois, partait au boulot, à peine pour plus longtemps. J’avais le ventre en boule, un rien décalé avec ma  musette népalaise en bandoulière et mon sac rouge. Mon sac, il est aussi gros qu’un clown dont on ne voit plus que le nez. Je me sentais mal à l’aise avec ma clope.  Sans faire exprès, et  il n’y avait que du tabac, j’ai réussi un superbe cône. C’était aussi naturel que pencher son verre quand on se sert du jus de fruit. Je n’osais pas l’allumer, j’avais le palpitant au bord des lèvres. Tiens, y ‘avait un type qui me regardait comme un bizarre. C’est çà, je devais avoir l’air bizarre. L’amour, c’est fort parce que çà fragilise les plus costauds. Et aujourd’hui, avec le ventre qui ne fait rien qu’à faire son curieux au dessus de la ceinture, j’ai bien senti que je débordais d’amour. 

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À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
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lucifer ! 28/05/2012 17:29


Le coeur peut aussi palpiter à tous les bon heur (e)s


entraîne-toi !