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Le temps qui passe

Septembre 2010
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c'est revenu comme çà

29174416.JPGLe passé se conjugue. Il fait chier surtout. Il est là partout jusqu’au malaise. Il a travesti toute la mémoire. Des routes, j’en ai parlé, jusqu’au coup, jusqu’au cul, partout en travers, en large, s’ils avaient pu ils en auraient même mis en l’air et comme çà les bagnoles seraient tombées, bien fait. Le passé se conjugue en quatre voies et se tire dans le brouillard. Michel, J’ai revu le pays qui n’est plus et toi je ne t’ai pas vu. Je le regrette aussi. Pour le pays,c’est comme si je voyais ma gueule dans la glace après toutes ces années. Nul. Un choc, putain, c’est quoi ces cernes sous les yeux, c’est quoi cette forme en bouteille d’eau gazeuse, c’est quoi notre parcours, et nos rêves ? Le passé se conjugue et puis il se retourne. Michel je reviendrai te voir et on ne parlera pas de ce passé là, ni de toutes ces fuckings routes, on sera assis l’un à côté de l’autre et on regardera devant. Moi je devinerai ton fameux sourire de sphinx, ton silence qui remplit tout et que je n’ai pas oublié et ta trogne qui me faisait rire et me rassurait quand nous étions sur les bancs de cette école extravagante du Relecq avec ces beignes, les coups, les baffes, les claques, la peur, la règle en bois avec laquelle ty Goué se grattait les couilles avant de s’en servir pour nous frapper, l’odeur de la classe, l’éducation en colère, le bourrage de crânes des petits singes savants jusqu’à la nausée, jusqu’au niveau du super banco pour être sûr qu’on comprenne bien France Inter,  les notre père à genoux sur une règle, et ton rire devant toute cette absurdité, la musique des Who, du Flyod, et d’autres Bleizi Ruz. M’en veux pas, j’ai pas pu, j’ai pas eu le temps, je suis tellement heureux, si tu savais, que tu viennes lire ici tous les jours. A tous les autres je leur dis que tu es là, qu’on a fait toutes les guerres des boutons jusqu’à celle du houblon, jusqu’à la connerie consentie, jusqu’à fêter ensemble ce bac qu’on a jamais voulu passer, jusqu’à planer comme dans un road movies sur une bande son des années soixante dix.

IM000090.jpg Il fait froid. Il faut bouger. Il faut bouger toute la nuit pour ne pas s‘endormir. Si tu t’endors tu vas mourir. Tu vas mourir parce qu’il fait froid. Si tu résistes à la nuit, tu iras chercher un refuge pour la journée au soleil, s’il y en a,  ou bien dans un abri. Qu’est ce que c’est, un abri quand il fait froid ? Un truc sale et sombre généralement. Triste de surcroit. Dans mon pays qui est riche, il ya du monde dehors. Pourquoi laisse t-on des gens dehors dit la petite fille ? Parce que... Pourquoi personne ne vient les secourir ?  Parce que... Pourquoi n’aiment ils pas les grands salles pleine de monde qui toussent, crient, se battent et se volent parfois ? Parce que... Pourquoi des humains laissent ils d’autres humains mourir de froid ? Parce que... Pourquoi, pourquoi ? Pour qui ? Il fait froid. Il faut bouger. Il faut bouger toute la nuit pour ne pas s‘endormir. Si tu t’endors tu vas mourir. Tu vas mourir parce qu’il fait froid. Où verrait on cette scène d’un père expliquant à la petite fille après la scène de la lecture du soir, scène qui commencerait par : il faut bouger toute la nuit, tu vois parce que dehors il fait froid...Ce n’est pas un film d’horreur, ou bien un reportage imaginaire, c’est la réalité. Dans le 10 ème arrondissement de notre belle capitale, la ville lumière, il y a des humains qui doivent bouger toute la nuit. Des Afghans aussi. « Chez moi, J’ai vu un homme attaché à une voiture et ils le fouettaient...alors je suis parti. Je suis parti...Iran, Turquie, Grèce, Italie...Ici. En Iran ils m’ont jeté en prison, ils m’ont battu. Ils m’ont dit trouve du travail vas t’en... » Je suis revenu en Afghanistan...Puis j’ai trouvé des passeurs plus sérieux et j’ai payé plus cher. En Iran il ne me m’ont pas attrapé cette fois ci... Puis Quelques phrases encore d’un reportage sur France Cul aujourd’hui. Je reste avec çà dans la tête.

Oui Lucifer, tu y viens de ton commentaire et c’est troublant parce que c’est long tu as raison. « Le temps prend son temps et des fois c’est trop long. C’est trop long quand on a mal aux dents. Comme la petite fille et sa dent qui bouge et puis qui bouge encore jusqu’à ce qu’un seul lambeau de chair retienne cette canine comme le chat sa souris qu’il agite,  et déchire cette muqueuse et titille cette quenotte et la pousse de la langue,  pour son plaisir et l’ultime douleur, celle06160333.JPG du du temps qui passe son temps à s’inscrire en trophées de part et d’autre des longs  couloirs ornés des souvenirs d’enfance qu'il travestit en bonheurs perdus.

C’est la fin.... Enfin c’est le titre. Fallait bien en trouver un. J’en avais au moins dix et c’est le votre qui sera le bon. J’aurais pu en imaginer un autre, à la une, illustrant l’apitoiement du sens commun sur la fin d’un monde, un monde parmi d’autres, comme il se doit à la campagne, ennuyeux comme un dimanche et à la manière de. Mais ici, c’est d’un morceau, d'un point de vue dont il s’agit. C’est un moment d’observation sur la transformation plus ou moins lente mais inexorable de la vie dans un petit coin de France qui n’est qu’un petit coin du Monde, comme un papier qu'on déplie,  comme une page arrachée d'un livre sur Deleuze et qui se perd de plis en plis sur l'infini. Un papier sur l’adaptation des hommes et des femmes qui résulte d'un regard jeté aux changements c'est-à-dire à la vie qui passe comme égrenée au fil du balancement de l’horloge chez L. et F. Sans doute peut on y voir les prémices du début de la fin, le début de la fin d’une ère,  celle qui sied à nos bons sentiments ou bien qui réveille en nous cette méfiance face au syndrome du Grand Complot ou encore qui traduit simplement la concomitance d’une nécessaire adaptation aux normes environnementales à la boulimie de l’économie qui ne vit que par elle-même et pour elle-même.

Malgré tout, ce n'est qu'une histoire, cette histoire de radio que j’aurais voulu faire et que j’ai faite en images à mesure que je me suis mis à regarder dans toute sa largeur jusque dans ce qu’on appelle les « blancs » cet immense espace radiophonique, le silence intersidéral redouté des sentinelles à l’ombre des lumières rouges. J’ai scruté cet autre monde qui nait d’un visage sans paroles et qui montre la voie vers d’autres mystères, d’autres questions à la manière de, et pour le coup de celles qu’on se pose à la fin d’un livre, ou d’un film. J’ai toujours rêvé de rentrer dans un poste de radio ou dans le mécanisme d’une caméra, c’est là ma seule prétention passer du rêve à la pratique. J’aurais voulu être un artiste, radiophonique.

 

1984, ce n’était pas le monde d’Orwell, pas plus que la ferme des animaux ou la fête à neuneu Big Brother. 1984 un mec sans allure et en slip s’en allait aspiré dans la tour au bout d’une corde et remontait de plusieurs mètres et autant de fois que le balancier de la grosse cloche l’exigeait dans son inertie qu’il alimentait par ailleurs et dans l’allégresse du saint christain si peu orthodoxe s’il en fût car il s’agissait pour lui de fêter à toutes volées et à 5 heures du matin la naissance de sa fille en l’abbaye de Bonnecombe... Etonnant non ? Bon anniversaire Mathilde, ma fille, mon bonheur...

J’ai beau dire et qu’en faire. Rien à y faire je ne peux pas lutter. Ce matin l’odeur du feu de bois et la fraicheur mêlée sont venues flatter ma mémoire. Ajouter ce reportage sur France Q à Plouha et l’évocation d’une petite vieille au visage bien lisse et ronde sous sa coiffe et j’ai vécu instantanément ces moments passés, gamin au lavoir. Les vieilles, les dernières lavandières, les mains plongées dans les cuves du lavoir où s’épanouissaient en nuages les volutes bleues du savon. Le tournis du bonheur à l’évocation de l’odeur du feu  sous les culs noircis des marmites d’eau bouillantes. Les « man goz » noyées dans de beaux draps épais et qui m’engueulaient lorsque je trempais mon bateau dans l’un des bassins. Je ne vais  pas ajouter à l’indécence et  pleurer ces temps où surement ces femmes auraient eu mieux à faire que la lessive au grand air, juste à l’abri du haut vent d’un lavoir avec la chaleur des braises aux reins. Non c’est juste une odeur, un parfum, celui du temps qui freine en une gerbe d'étincelles et qui m’interpelle, que devient le temps qui n’est plus, comme la spirale du savon qui devient nuage dans l’eau, que deviennent les conversations en breton dans ce coin du lavoir de Sainte Barbe à Kerhuon, que signifient ces larmes intérieures à l’évocation des chevaux de la mer, et ce graffitis au charbon de bois sur un mur bien avant l’ère des graffs « mob bihan aux pêcheurs ». Bretagne tu me manques.  

  

C'est l'histoire d'un photographe qui sur sa tombe avait  exigé comme épitaphe: "ne bougez plus..."

fleurs et tomates

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