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Le temps qui passe

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c'est revenu comme çà

Un petit texte  à l'intention de Gwen, et qui me revient du temps où j'étais capitaine pour quelque" Monsieur" fortuné en mal d'aventures maritimes...

 

 

-LARGUEZ LES CORDAGES… 

-Non

-LES CORDES ?

-Non…

- LES LIENS ? 

-Non plus…

- LES CABLES ? LES FILINS ? LES GRELINS ?

-Non, non et non…

- LES amarres ???

-Ouais.

 Midi, soleil, pas de vent, moteur, on tourne. C’est un film, tout est dans l’image. Au même moment, Attentas à Londres. Bondées, des Barques dérivent, moteurs en panne entre les Canaries où bien elles glissent vers le fond. Je range tout ce qui traîne sur le pont, cordages et pares battages. Les jeunes s’étalent en même temps qu’ils se tartinent de crème à bronzer tandis que l’un des deux donne déjà dans les tremblements de façade qui tentent de dissimuler les désagréments engendrés par le balancement maudit du poète.

Monsieur est à la barre. Il est fier et heureux comme un propriétaire d’attelage à l’ancienne.  Les chevaux sont depuis la sortie du port sous pilote automatique. Il ressemble ainsi à un enfant debout dans une voiture de pompier sur un manège. Il a mis un CD d’ Hugues Auffray. St jean Cap Ferrat est atteint dans la fin de l’après midi, sans que le moindre souffle d’air  permette l’usage des voiles. Hugues Auffray en boucle…Passage obligé autour des Yachts au mouillage, plus somptueux les uns que les autres. C’est merveilleux s’exclame t il sans arrêt, comme s’il tirait sur le pompon du manège. Monsieur est rivé à la barre. En retrait, je me  mord la langue et assiste impuissant aux multiples tentatives de manœuvres peu inspirées.  Enfin le calme revient dans les machines affolées et amarrage dans le port. Monsieur débarque et va s’enquérir des formalités à la capitainerie. Il en reviendra  en faisant semblant d’être vexé du prix imposé, 110 euros pour une nuit pour un voilier de 15 m. Il annonce qu’il aura daigné prendre en sus, comme proposés, des jetons de douche à deux euros l’unité. Acte de bravoure qu’il savoure tout en sachant qu’il s’en fout car Monsieur prend toujours ses douches à bord même si j’observe, monsieur, qu’il vaut mieux les prendre à terre plutôt que de déverser l’eau des ablutions dans le port, vu que le bateau n’est pas encore au clair avec la caisse à eaux grises et qu'il est notable qu'il subsiste une interrogation quant au regrettable point noir qui est pas clair non plus pour la caisse à caca.

-?

-Tant qu’à payer une somme pareille, mieux vaut jouir du confort jusqu’au bout.

-Ah oui ?

 C’est vrai qu’il y a tout le confort à bord, l’eau chaude, les douches, les toilettes électriques, le générateur, la chaîne hi fi, la télé, le micro ondes, L’Internet, le téléphone satellite, le frigo, le congélateur, l’air pulsé,  le four dans un vraie cuisine,  le salon,  les fauteuils en cuir, les petites lumières sur le sol comme au cinéma pour ne pas se vautrer sur la marche, un bouquin de Bernard Moitessier perdu entre Paul Auster et Homère, le figaro et l’Hérald Tribune et… des moustiques toute la nuit, l’aventure quoi.

 

Cet instant indéfinissable que l’on peut ramener à soi, à une fraction de

Seconde à l’image du paradoxe de Xénon, ou bien à considérer pour la multitude que nous sommes à savoir un espace infini ou sur une même ligne se passe une infinie diversité, l’éternité en quelque sorte, qu’il soit vu d’un côté spirituel ou bien strictement matérialiste il est au delà d’un concret bien senti, une énigme, comme une fulgurance, qui traverse l’espace et tout ce qui est vivant ou matière inerte, un espace à la taille de l’univers. Le présent contient tout le temps à lui tout seul.

Après un beau chronomètre et ses aiguilles battant la mesure, le

Métronome près d’un stradivarius, je me ballade et puis viennent à ma rencontre, une bougie à la flamme fragile qui vacille, une bombe qui explose dans un bain douche, une feuille morte qui s’envole d’un quai de gare, tandis qu’un cheminot dort sur un banc et qu’un train qui passe en trombe, une feuille de papier qui s’enflamme et qui s’enroule sur elle même et sur le temps qui la consume, à un surfeur sur une vague, crête de cet instant qui roule et sur lequel tiennent en équilibre l’homme et sa planche, le condamné à mort ou bien celui qui se suicide et autour duquel s’entortille la corde à ce moment ultime ou tout aurait pu pourrait jaillir, ou bien cette photo qui fixe le temps dans le geste figé de cet officier vietnamien qui flingue la tête de son prisonnier, où est l’instant ? près du bonze qui médite à l’autre bout du monde en égrenant son chapelet entre deux doigts, ou sur le regard de celle qui est frappé par un dément qu’on appelle un homme, près du vieillard qui attend sous une pendule qui bat la mesure de son tic tac, à l’instant de la naissance la sortie du nouveau né, au dessus du cercueil qui cogne la glaise au fond de la tombe, accolé aux chiffres affolés des cours de bourse qui grimpent, à l’arbre de la forêt tropicale qui s’abat sous les coups des bûcherons, à l’imminence de la première goutte de pluie qui tache le sol encore sec, au départ de la course,au starting bloc sur lequel s’arquent les pieds et les muscles, au portrait du président élu qui apparaît, à la douleur sur le visage de celui ou celle qui a tout perdu, à l’enveloppe qui tombe dans la boite à lettre, à toutes sortes de choses à l’infini qui se conjuguent au moment exact ou passe l’instant présent, à ce point si peu marqué au milieu de nos pages blanches qu’on ne saurait l’apercevoir tandis qu’il est partout, pour tout ce que est, du plus futile sur un plateau de jeux télé au geste précis de l’ouvrier ajusteur, à celui qui s’arrête dans son élan devant son train qui part, au furieux qui fulmine coincé dans son embouteillage perdu au milieu du périphérique, à celui qui trône sur son chiottes, à celle qui allume sa clope, au commissaire priseur qui abat son maillet, à la carte au poker qui glisse sur le tapis, au plus extraordinaire, éparpillé dans une multitude de faits et gestes, de catastrophes, de joies ou de vacuité autant que le temps lui même ne saurait suffire à tout décrire...

gageure de naviguer sur cette ligne mouvante qui nous traverse tous où que l’on se trouve dans le même...temps à Tunis ou au fond d’une nouvelle de Maupassant.

 

 

Un rêve des fois, çà vous ramène au creux de la nuit, comme une tonne d'aussière enroulée sur un touret emporté par une lame, quand le nez du monstre maritime pique dans la plume et te porte comme une merde sur une pelle en bois disait le chef machine, plus de trente ans en arrière...

 

..Quand je suis descendu par les échelles glissantes et sonores sur la plage arrière, j'ai d'abord été cueilli par le froid et l'humidité. Un projecteur pissait une lumière blafarde sur l'acier poisseux. Il éclairait mal dans la nuit. j'étais abruti de sommeil et l'odeur de la graisse des cables et du chanvre goudronné me  filait la gerbe autant que les vapeurs de fumées qui dégueulaient du gland de la cheminée. Saloperie des diesels qui te retombe sur le coeur dans un soupoudrage de crachin mêlé d'embruns. J'étais sur ce remorqueur énorme comme un morpion sous des aisselles fumantes. Cà ballotait et sur le pont glissant j'allais rejoindre mon poste quand un coup pied au cul phénoménal m'a propulsé sur l'arrière, jusque sous les rouleaux bien en dessous des arceaux, sur lesquels ripe la remorque. Le bosco, jurant en breton, a planté sa gueule dans mon regard de paysan maritime et m'a dit entre deux bourrades, le dernier qu'a fait çà, c'était l'année dernière, l'officier en second, et je l'ai ramassé dans un sot... t'en souviens toi petit. Un paquet de mer alors m'est tombé sur la gueule et J'ai senti le froid me déchirer le dos entre le ciré, le pull et la peau qui terminait sa nuit. Du sel sur les lèvres, à 4 heures du matin quand la mer est pénible et qu'il fait chaud comme en mars au vent de l'ïle d'Ouessant, faut être plus qu'un poète pour trouver du charme à l'enfer quand il est froid.

 

Putain de rêve, tout est intact, la sensation de fatigue, d'humidité, les odeurs, les tronches, les rillettes de maquereau et le coup de blanc au ptit matin quand la manoeuvre a réussit. Où es tu Bosco, où êtes vous Bouchon gras, Bous de bois et tous les autres? Dansez vous sur la lame en essuyant vos couteaux sur les pantalons de travail, riez vous encore de la mort quand elle vomit au petit jour sur l'écume d'une déferlante recouvrant la pente grise et verte.

 

Amarrez comme çà...Terminé barre et machine.

29174416.JPGLe passé se conjugue. Il fait chier surtout. Il est là partout jusqu’au malaise. Il a travesti toute la mémoire. Des routes, j’en ai parlé, jusqu’au coup, jusqu’au cul, partout en travers, en large, s’ils avaient pu ils en auraient même mis en l’air et comme çà les bagnoles seraient tombées, bien fait. Le passé se conjugue en quatre voies et se tire dans le brouillard. Michel, J’ai revu le pays qui n’est plus et toi je ne t’ai pas vu. Je le regrette aussi. Pour le pays,c’est comme si je voyais ma gueule dans la glace après toutes ces années. Nul. Un choc, putain, c’est quoi ces cernes sous les yeux, c’est quoi cette forme en bouteille d’eau gazeuse, c’est quoi notre parcours, et nos rêves ? Le passé se conjugue et puis il se retourne. Michel je reviendrai te voir et on ne parlera pas de ce passé là, ni de toutes ces fuckings routes, on sera assis l’un à côté de l’autre et on regardera devant. Moi je devinerai ton fameux sourire de sphinx, ton silence qui remplit tout et que je n’ai pas oublié et ta trogne qui me faisait rire et me rassurait quand nous étions sur les bancs de cette école extravagante du Relecq avec ces beignes, les coups, les baffes, les claques, la peur, la règle en bois avec laquelle ty Goué se grattait les couilles avant de s’en servir pour nous frapper, l’odeur de la classe, l’éducation en colère, le bourrage de crânes des petits singes savants jusqu’à la nausée, jusqu’au niveau du super banco pour être sûr qu’on comprenne bien France Inter,  les notre père à genoux sur une règle, et ton rire devant toute cette absurdité, la musique des Who, du Flyod, et d’autres Bleizi Ruz. M’en veux pas, j’ai pas pu, j’ai pas eu le temps, je suis tellement heureux, si tu savais, que tu viennes lire ici tous les jours. A tous les autres je leur dis que tu es là, qu’on a fait toutes les guerres des boutons jusqu’à celle du houblon, jusqu’à la connerie consentie, jusqu’à fêter ensemble ce bac qu’on a jamais voulu passer, jusqu’à planer comme dans un road movies sur une bande son des années soixante dix.

IM000090.jpg Il fait froid. Il faut bouger. Il faut bouger toute la nuit pour ne pas s‘endormir. Si tu t’endors tu vas mourir. Tu vas mourir parce qu’il fait froid. Si tu résistes à la nuit, tu iras chercher un refuge pour la journée au soleil, s’il y en a,  ou bien dans un abri. Qu’est ce que c’est, un abri quand il fait froid ? Un truc sale et sombre généralement. Triste de surcroit. Dans mon pays qui est riche, il ya du monde dehors. Pourquoi laisse t-on des gens dehors dit la petite fille ? Parce que... Pourquoi personne ne vient les secourir ?  Parce que... Pourquoi n’aiment ils pas les grands salles pleine de monde qui toussent, crient, se battent et se volent parfois ? Parce que... Pourquoi des humains laissent ils d’autres humains mourir de froid ? Parce que... Pourquoi, pourquoi ? Pour qui ? Il fait froid. Il faut bouger. Il faut bouger toute la nuit pour ne pas s‘endormir. Si tu t’endors tu vas mourir. Tu vas mourir parce qu’il fait froid. Où verrait on cette scène d’un père expliquant à la petite fille après la scène de la lecture du soir, scène qui commencerait par : il faut bouger toute la nuit, tu vois parce que dehors il fait froid...Ce n’est pas un film d’horreur, ou bien un reportage imaginaire, c’est la réalité. Dans le 10 ème arrondissement de notre belle capitale, la ville lumière, il y a des humains qui doivent bouger toute la nuit. Des Afghans aussi. « Chez moi, J’ai vu un homme attaché à une voiture et ils le fouettaient...alors je suis parti. Je suis parti...Iran, Turquie, Grèce, Italie...Ici. En Iran ils m’ont jeté en prison, ils m’ont battu. Ils m’ont dit trouve du travail vas t’en... » Je suis revenu en Afghanistan...Puis j’ai trouvé des passeurs plus sérieux et j’ai payé plus cher. En Iran il ne me m’ont pas attrapé cette fois ci... Puis Quelques phrases encore d’un reportage sur France Cul aujourd’hui. Je reste avec çà dans la tête.

Oui Lucifer, tu y viens de ton commentaire et c’est troublant parce que c’est long tu as raison. « Le temps prend son temps et des fois c’est trop long. C’est trop long quand on a mal aux dents. Comme la petite fille et sa dent qui bouge et puis qui bouge encore jusqu’à ce qu’un seul lambeau de chair retienne cette canine comme le chat sa souris qu’il agite,  et déchire cette muqueuse et titille cette quenotte et la pousse de la langue,  pour son plaisir et l’ultime douleur, celle06160333.JPG du du temps qui passe son temps à s’inscrire en trophées de part et d’autre des longs  couloirs ornés des souvenirs d’enfance qu'il travestit en bonheurs perdus.

fleurs et tomates

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