Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
La pétition de soutien à la famille Kalai est mise en ligne
sur le site de RESF.
Tout comme ici André, avec ses chroniques, Karine revient de temps en temps, avec ses contes dans la gueule ou ses histoires insolentes,
ou ses nouvelles qui baffent, enfin elle revient, et
c'est çà qu'est bien, et c'est mieux quand c'est bien...
...Le dentier dort dans le verre. Le vin rouge pétille de bulles endormies. La télévision hurle et le pape apparaît, rouge. La madone surveille le lit coupable et la machine à coudre veille, trépigne d’une impatience métallique. Le marbre du sol aveugle le visiteur égaré qui glisse. Des magazines racontent la vie des autres aveugles du pays. Le téléphone sonne deux fois par semaine comme une giclure d’huile. Un calendrier se cherche quasi vide, deux rendez-vous chez le médecin. La camomille du soir, espoir de rencontrer Dr. Dieu en présence. Des draps à peine froissés bordent le grand lit. Une balançoire en porcelaine, une femme en drapé est assise dessus en guise d’héritage non désiré. Les vitrines de verre gardent ce qu’il ne faut pas utiliser mais montrer. Un clochard et son chien essaient de se réchauffer autour d’un feu, il neige dans ce Milan d’après-guerre. Des stocks de provision sommeillent, en cas de guerre. Du nougat tendre respire la fleur d’oranger, l’hostie du dessus a sommeillé dans le carton d’emballage. Un balai frénétique ramasse les miettes. La musique du clocher signale une mort de plus. La friandise n’a rien d’attendrie, elle est dure comme la pierre. Une musique de craquements, le dentier est ébréché dans le verre.
Tous les matins la vieille femme se saisit de l’épave, la passe sous l’eau à grand jet, la brosse frénétiquement, pour en extirper les dépôts, les algues de la nuit. Le bas du visage affaissé, elle enduit le bout de plastique d’une pâte rose. Elle l’appuie d’un geste sec dans sa bouche orpheline, la tête légèrement renversée.
Karine Bergami
fleurs et tomates