Informez vous et faites passer
Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
"Michael Jackson" de Pierric BAILLY (P.O.L.). Reflets dans un miroir (déformant?) de la jeunesse d'aujourd’hui si proche sans aucun doute de celle
de cet écrivain qu'est Pierric Bailly. Qui fut, il n'y a pas si longtemps, étudiant en la bonne ville de Montpellier. Qui narre un peu cette vie-là. Qui s'attarde beaucoup plus longuement sur ses
tentatives d'enracinement dans la "vraie" vie, dont les amours constituent les moments a priori les plus sages, les plus raisonnables. Et c'est bien là où le bât blesse. Le roman offre très
probablement un reflet proche des réalités que vit la jeunesse de ce début de millénaire. Une jeunesse qui cherche plus à se ranger, à se normaliser qu'à s'épanouir. Comme désabusée déjà. Comme
privée de souffle. Reste une écriture, un style en gestation. Celle d'un tout jeune écrivain non dénué de talent. Donc à revoir.
"Carénage" de Sylvain COHER (Actes Sud). L'obsession de la vitesse. Une fable allégorique, écrite avec talent. Mais le Lecteur ne vibra
point.
"La nonne et le brigand" de Frédérique DEGHELT (Actes Sud). Roman cousu de fil blanc. Les amours d'une femme libre et d'un homme libre. Des amours
au coeur desquelles interfère un vieil homme si généreux que la femme libre se retrouve nantie de l'usufruit d'une maison des dunes, tout près d'Arcachon. Et, dans la bibliothèque de la maison,
le journal intime d'une nonne laquelle s'en fut, voilà quelques dizaines d'années, soigner au plein coeur du Brésil des indigènes mal en point. L'Amazone ne charrie pas de l'eau de rose. Le
roman, lui, s'en imbibe. Avec ce qu'il faut de modernisme pour tenter de séduire le Lecteur. Lequel ne le fut pas.
"Voyage avec un âne dans les Cévennes" de Robert Louis STEVENSON (10/18). Retrouvailles. Nouveau voyage en compagnie de l'écrivain écossais et de
Modestine, l'ânesse. Car il s'agit bel et bien d'une ânesse dont Stevenson fit l'acquisition au Monastier à la veille de son départ. (Et qu'il revendra le lendemain de son arrivée à Saint Jean du
Gard!). Douze jours non pas de randonnée, mais d'une véritable expédition d'environ cent vingt kilomètres. La découverte non pas tant des paysages que des hommes et des femmes qui, en 1878,
vivaient dans ces contrées repliées sur elles-mêmes, où les cicatrices des guerres de religion étaient encore visibles. Et c'est bien là la qualité majeure de ce récit de voyage. Un voyage parmi
les humains, où celui qui l'accomplit "donne du temps au temps". Un voyage à l'opposé des découvertes contemporaines qui sont celles des survols et des clichés accumulés. Le Lecteur, lorsqu'il
fit valoir ses droits à la retraite, manifesta l'envie de marcher à son tour sur les traces de Stevenson. Peut-être n'est-il pas trop tard pour lui de concrétiser cette envie-là!
L'agglomération de Montpellier inaugurera sa treizième médiathèque à Pérols. Ce qui est fort bien. La lecture publique occupe une place d'exception dans cette
agglomération. Le Lecteur en témoigne.
Ce nouvel équipement portera le nom de Jean Giono. Le choix réjouit le Lecteur.
Ce qui le réjouit beaucoup moins, ce qui parvient même à l'irriter, c'est le mot de trop dont fit usage l'auteur de l'article qui annonce l'inauguration dans
"Harmonie" (mensuel de l'Agglomération, janvier 2012). "Une exposition, Jean Giono ou le cœur de Noé, présentera la vie et l'œuvre du célèbre écrivain provençal."
Le recours au cliché réducteur, qui enclot Giono dans le "provençialisme", est plus que superflu. Il fait affront à une œuvre dont il est désormais légitime
d'affirmer qu'elle atteint à l'universel. En effet, Giono ne s'est jamais refermé sur ses territoires. Ils lui ont simplement servi de cadre pour traiter de problématiques générales. Comme, par
exemple,dans "Le Grand Troupeau", la seule œuvre majeure consacrée à la première guerre mondiale qui explore d'autres domaines que ceux tranchées et de la souffrance des combattants. Le seul
roman sur cette effroyable boucherie qui accorde autant de place aux femmes, celles qui se chargèrent, loin du front, du côté de Valensole, d'entretenir la flamme de la vie.
Giono, enfant d'immigrés italiens, ne fut provençal (Manosque) que par hasard, mais il fut nécessairement homme.
"Room" de Emma DONOGHUE (Stock). Roman sur l'enfance. Roman inaccessible à un Lecteur vieillissant qui point ne comprend le langage
infantile, fut-il mis au service des plus nobles causes.
"Mont Blanc" de Fabio VISCOGLIOSI (Stock). Retour très pudique sur l'effroyable incendie qui, le 24 mars 1999, provoqua la mort de 39 personnes
dans le tunnel du Mont Blanc. Pas la moindre trace de voyeurisme. Si la colère se perce parfois, elle est toujours contenue. Le père et la mère de Fabio Viscogliosi furent deux des victimes de ce
drame. L'écrivain referme le tombeau sur deux corps réduits à rien. Le deuil, dans une émouvante sobriété, s'assume sans qu'il soit besoin d'intercesseurs. Les mots suggèrent l'achèvement. La
vie, quant à elle, continue.
"La petite chartreuse" de Pierre PEJU (Gallimard). Retour affectif. Vers un roman qui avait touché le Lecteur voilà bientôt dix ans. L'histoire
d'un drame ordinaire: l'enfant qui traverse la rue en courant et que percute un véhicule. Le véhicule du libraire, "la bibliothèque vivante qu'il aura été toute sa vie". A travers ce drame, Péju
décortique les phases ultimes de l'agonie d'un monde. Sans qu'il soit possible d'imaginer une quelconque rémission. L'enfant a survécu à l'accident, mais il (elle!) ne manifeste aucun désir de
vivre. L'univers du libraire se consume dans un incendie. La mère de la fillette a fui vers les contrées de l'illusoire. Ne reste que le vide. "Tout en bas, de moins en moins distinctes, les
bêtes noires remuaient leur dos, haussaient leurs épaules difformes dans la mousse argentée du torrent. Et les sales bêtes devenaient de mystérieux volumes, bien fermés sur eux-mêmes." De la
vraie, de la grande, de la très belle littérature!
"Qui saura, dans un avenir pas très lointain, ce que représentaient, pour des gens comme moi, les libraires et les librairies? Ce que signifiait, dans une ville,
grande ou petite, la présence de ces lieux où l'on pouvait entrer dans l'espoir d'une révélation. Qui se souviendra de la façon paisible dont on pénétrait dans ces antres à l'odeur de papier et
d'encre? De cette façon de pencher la tête pour déchiffrer un titre nouveau, puis un autre, des noms d'auteurs familiers ou inconnus, afin de glaner des indices et des signes vivants sur les
couvertures claires?
"Persécution" de Alessandro PIPERNO (Liana Levi). Leo Pontecorvo est le prototype de l'homme auquel tout réussit. Tant sur le plan professionnel
qu'au niveau de la vie affective et familiale. Jusqu'au jour où un grain de sable s'introduit dans les engrenages de la machinerie. Lorsque, suite à une virulente campagne médiatique, il devient
tout à coup celui qui a transgressé les codes en vigueur. Lorsque la justice instruit son procès sur la base de dénonciations formulées par une gamine de douze ans. Rien ne peut arrêter le cours
des choses. Une lente et inexorable descente aux enfers. Dans une Italie où la corruption devient l'obsession des juges. Leo Pontecorvo ne résiste pas. Leo Pontecorvo se replie sur lui-même. Il
est devenu le coupable idéal. Ses origines juives l'ont-elles préparé à la persécution ou font-elles de lui une victime résignée? La question n'est pas anodine, bien au contraire. Elle renvoie à
d'autres interrogations, et donc à d'autres drames. Voilà un roman que le Lecteur a parcouru à perdre haleine, une œuvre magistrale qu'il recommande à toutes celles et à tous ceux qui ont encore
foi en la littérature.
"La gifle" de Christos TSIOKAS (Belfond). Pourquoi faut-il que les hommes (et les femmes) s'ennuient? Même en Australie. Où il existe également des
couches sociales moyennement inférieures. Dont les plus éminents représentants baisent. Où il advient que l'on flanque une torgnole à un sale petit merdeux qui n'a même pas atteint à l'âge de
déraison. Au total, un bouquin sans grand intérêt aux yeux d'un Lecteur qu'indiffèrent les insignifiantes turbulences qui font les délices des appendices de la société de consommation.
"Mon enfant de Berlin" d'Anne WIAZEMSKY (Gallimard). La famille Mauriac. Dont Claire, la bientôt maman d'Anne, ambulancière au service de la Croix
Rouge en cette année où la seconde guerre mondiale atteint à son terme. De Béziers à Berlin, où elle aura pour mission de rapatrier les prisonniers français ainsi que les blessés de guerre. D'où
sa rencontre avec Yvan, fils de russes blancs désargentés, et négociateur chargé de discuter avec les soviétiques de la libération de ressortissants de chez nous englués dans la nasse. Claire est
une jeune femme qui porte les stigmates si particuliers propres à une famille bourgeoise et catholique. De temps à autre, elle cherche à s'affranchir d'une tutelle pesante. Ce sont les
contradictions dont cette femme se dépêtre comme elle peut, dans le contexte d'une époque où rien n'est facile, qu'Anne Wiazemsky dépeint avec intelligence et sensibilité, en préservant les
indispensables distances entre la biographie pur jus et la création littéraire.
"Le théorème du jardin" de Christian MAGNAN (AMDS édition). Le Lecteur en a bavé. Quoi que prétende Christian Magnan, un littéraire de formation
fort ancienne ne dispose pas des clés essentielles qui ouvrent les portes de la connaissance scientifique. A peine quelques repères qui nécessitent de constants retours en arrière, des
interrogations formulées sur la machinerie gougueulienne, des errements, des tâtonnements. Le Lecteur n'a-t-il pas, une nuit de pleine lune, pris les vessies pour des lanternes, et Jupiter pour
Vénus! Ceci précisé pour indiquer que la première partie du livre de Christian Magnan est consacrée aux longs et tortueux cheminements de l'astronomie depuis ce moment où Copernic, selon
l'expression de Christian Magnan, a "renié la tradition" et osé prétendre que la Terre n'était pas le centre du monde.
Le Lecteur a retrouvé toute sa tonicité dans la lente et passionnée découverte de la seconde partie de l'ouvrage. Celle dans laquelle Christian Magnan pose, entre
autres, la question "la nature est-elle soumise à des lois?". Autant dire: existe-il une force supérieure qui aurait organisé l'immense foutoir dans lequel évoluent étoiles et planètes. Dont
notre terre sur laquelle nous survivons tant bien que mal. Christian Magnan prend non seulement le contre-pied des cosmologistes, mieux même, il les attaque sur leur propre terrain. "..il est
raisonnable de penser que la nature n'est pas soumise à des lois antérieures et supérieures au monde. Les lois de la nature ne sont pas surnaturelles. Les lois humaines de la physique ne sont que
notre grille de lecture, mais certainement pas des commandements divins." Son propos prend alors une autre dimension, porté par un autre souffle, celui de la philosophie. A travers une question
fondamentale: la science a-t-elle encore un avenir, confrontée qu'elle est aux contraintes des modèles informatiques? La réponse de l'astronome ne souffre d'aucune contestation: "... une chose
est certaine: si la science persiste dans son productivisme effréné, sa soumission sans analyse critique aux modèles, sa capitulation sans condition devant l'emprise d'un progrès d'ordre
quantitatif imposé comme nécessaire et présenté dogmatiquement comme source potentielle de découvertes, elle continuera à ne rien trouver et dépérira inéluctablement."
Au bout du compte, un ouvrage utile et passionnant. Puisqu'il conduit à regarder le ciel d'une façon beaucoup moins convenue. Puisqu'il lance le débat sur la
vacuité d'une certaine pensée contemporaine qui réduit la science à l'accompagnement des intérêts particuliers des épiciers. Une pensée stérilisée et aseptisée qui ne concerne pas le seul domaine
de la science mais qui englobe tous les grands domaines de la recherche, dont la philosophie et la littéraire (plus familière celle-là aux modes d'activités du Lecteur).
"La forme de la peur" de Giancarlo DE CATALDO et Mimmo RAFELE (Métailié). La guerre des polices, au pays de la Mafia. Guerre idéologique qui oppose
les tenants de l'Ordre Ancien et les défenseurs de la Démocratie. Guerre au long de laquelle tous les coups sont permis. Même si, en apparence, on appartient au même monde. Même si on a suivi un
même cursus. L'Italie post-mussolinienne est décortiquée par un homme qui, a priori, maîtrise ses dossiers. Puisque De Cataldo a appartenu (appartient encore?) à la magistrature. Le tableau qu'il
brosse est tout bonnement terrifiant.
"La huppe de Virginia" de Sylvie DURBEC (Jacques Brémond). Curieuse et passionnante rencontre entre un Lecteur qui s'est éloigné de la poésie et
une œuvre singulière, une œuvre originale, une œuvre dont la force évocatrice surprend, émeut, bouleverse.
"me reste ce mot de monde que l'un utilisait
pour dire qu'il avait en lui tous les rêves
et l'autre voyageur d'Amérique et de solitudes
ainsi l'utilisait et moi qui ne sais pas l'écrire
à mon tour
c'est plutôt le pain chaud
et le renard de Jean Follain..."
Les balises posées par Sylvie Durbec. Des repères. Jean Follain, bien entendu. Mais aussi Pessoa. Ou bien encore Paul Celan. Tels des éclairages, plus que des
parrainages. Puisque Sylvie Durbec vole de ses propres ailes, qu'il ne lui est pas besoin de tuteurs.
" la voix chemin de fer où prendre au piège le jeu des mots
les mots des sots ceux devenus démons en bouche
puis étaler en un grand silence sec la voix sur du pain..."
Une voix. Une belle voix. Une voix désentravée. Une voix qui éveille. Une voix qui enchante.
"le pain et l'eau une fois ou une autre
nous buvons l'eau des presque morts
dans la tisane aux feuilles de marbre"
"La société des égaux" de Pierre ROSANVALLON (Seuil). Le Lecteur fut réellement passionné par la première (et la plus conséquente) partie de
l'ouvrage: un remarquable travail universitaire sur l'histoire de deux siècles de débats et de luttes sur l'exigence d'égalité. Fort bien. Et donc fort utile. Le même Lecteur fut beaucoup moins
convaincu par la seconde partie, celle dans laquelle Rosenvallon esquisse les contours de ce qui pourrait être une nouvelle société des égaux. Est-il possible de créer une telle société dans le
monde du capitalisme triomphant? Un capitalisme qui est, par essence, à la source des plus flagrantes des inégalités. Un monde dans lequel quelques poignées de potentats (patrons et affairistes
en tous genres) disposent de tous les leviers de commande? Rosenvallon élude cette question-là, qui est pourtant la question centrale. Il suggère simplement de s'inscrire dans le cadre d'une
société apaisée, une société qui ignorerait les luttes que se livrent des classes sociales antagoniques. Le Lecteur n'est pas du tout convaincu que ce soit "en termes politiques, juridiques et
institutionnels qu'il s'agit de concevoir aujourd'hui les modes de l'égalité et de la différence." Car les différences sont telles, elles sont à ce point inscrites dans les relations sociales,
qu'il ne sera pas d'évolution significative sans le passage, à un moment ou à un autre, par une phase révolutionnaire et libertaire.
"Les harmoniques" de Marcus MALTE (Série Noire/Gallimard). Sous-titré "Beau Danube Blues", ce polar est le meilleur du genre que le Lecteur ait
rencontré depuis belle lurette. Un polar dans lequel il se soit immergé sans la moindre retenue. Un polar qui met en scène un pianiste de jazz et un ancien prof de philo reconverti en indolent
chauffeur de taxi. Deux amis qui se lancent dans une enquête pour tenter de retrouver les instigateurs de l'assassinat d'une apprentie comédienne d'origine yougoslave (puisqu'elle naquit dans un
pays qui était encore la Yougoslavie). Leurs recherches vont les conduire jusqu'aux contre-allées des pouvoirs. Du côté de Belgrade, certes, et des génocideurs, lors de cette guerre qui rappela à
l'Europe que les démons étaient loin d'être exorcisés. Mais aussi du côté de Paris où un certain ministre de l'intérieur entretint d'étranges et sulfureuses liaisons avec les "purificateurs"
serbes. Son portrait? "C'est un arriviste. Un affairiste. Un menteur, un hypocrite, un égoïste, un manipulateur, un pervers. Méprisant avec les faibles, servile avec les puissants. Il n'a aucun
scrupule. Aucune morale." Son nom? Dominique Karoly. Celui de son épouse qui vient de le quitter? Célia Valdéron. Bien évidemment, il ne s'agit que de fiction.
"Cours de danse pour adultes et élèves avancés" de Bohumil HRABAL (Gallimard). Livre ouvert, et par hasard, le jour où fut annoncée la mort de
Vlacav Havel. Des retrouvailles. Qui datent de temps lointains, ceux au cours desquels le Lecteur se passionnait pour ce qu'il fut si commun d'appeler le "Printemps de Prague". Le socialisme à
visage humain. Dubcek. Ce matin si douloureux du 21 août 1968, lorsque la soldatesque soviétique entra dans la capitale de ce qui était encore la Tchécoslovaquie. Lorsqu'il fut mis un terme
brutal à une aventure qui avait réintroduit un peu de rêve dans le communisme à la mode bureaucratique. Ces années où naquit un cinéma original, foisonnant, désentravé. La nouvelle vague tchèque
(Chytolova, Passer, Forman, Menzel...).Ces années au cours desquelles émergea une nouvelle littérature, de nouveaux écrivains tchèques. Dont Havel. Dont Hrabal. Les préférences du Lecteur se
portèrent toujours sur Hrabal. Son incisive drôlerie. Son impertinence. Cette part du surréalisme que l'écrivain assuma. Ce côté baroque qui fut un héritage de la culture tchèque. "Cours de
danse...", à bientôt cinquante ans de distance, n'a pas pris une ride. La narration en une seule et rebondissante phrase de ce que fut la vie d'un homme qui vécut au cœur de l'Europe en proie aux
plus terribles errements, confrontée aux rêves les plus insensés, ce roman est un chef d'œuvre. Que les éditions Gallimard ont eu l'excellente idée de republier.
"Cahier d'un retour au pays natal" de Aimé CESAIRE (Présence Africaine). La toute première rencontre du Lecteur avec Aimé Césaire. Une rencontre probablement vieille d'un demi-siècle! Et voilà qu'en cette année 2011, la réédition se propose à lui sur les rayonnages de son libraire habituel. Une oeuvre fondatrice. Une oeuvre qui accéléra son éveil, qui l'installa au beau milieu de l'autre monde, celui de l'exile forcé et de l'esclavage. Les Îles de la "présence" française qui côtoient l'Amérique. Les mots de Césaire, le Lecteur ne les avait pas tous oubliés. "Ce qui est à moi, ces quelques milliers de mortifèrés qui tournent en rond dans la calebasse d'une île et ce qui est à moi aussi, l'archipel arqué comme le désir inquiet de se nier, on dirait une anxiété maternelle pour protéger la ténuité plus délicate qui sépare l'une de l'autre Amérique; et ses flancs qui secrètent pour l'Europe la bonne liqueur d'un Gulf Stream, et l'un des deux versants d'incandescence entre quoi l'Equateur funambule vers l'Afrique..."
Les mots qui s'entremêlent, s'affrontent, se corrodent et renaissent sous des formes étrangères aux canons de la langue scolaire. De sa lointaine Martinique, si lointaine alors, beaucoup plus lointaine qu'elle ne l'est aujourd'hui, Aimé Césaire enseigna au jeune Lecteur l'usage d'une langue transformable, d'une langue non contrainte. Cette langue de la narration, de l'exaltation, du chant non confiné dans les limites de la religiosité littéraire.
"véritablement les fils aînés du monde
poreux à tous les souffles du monde
aire fraternelle de tous les souffles du monde
lit sans drain de toutes les eaux du monde
étincelle du feu sacré du monde
chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde!"
La puissance du Souffle. Ce Souffle vital dont l'alors jeune Lecteur revint en ces années où lui manquaient tant de repères. Et voilà qu'un demi-siècle plus tard, il découvre, émerveillé, que le Souffle lui confère toujours cet élan sans lequel la vie n'a pas de sens.
"Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie
que nous n'avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'œuvre de l'homme vient seulement de commencer
et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa faveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'a fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite."
"Cahier d'un retour au pays natal" fut publié pour la première fois en 1939.
"Le rabaissement" de Philip ROTH (Gallimard). La fréquentation débuta il y a une quarantaine d'années. Une fréquentation comme il s'en produit si peu dans une vie. Philip Roth. L'œuvre vers laquelle le Lecteur revient de temps à autre. La rassurante présence des romans sur les rayonnages de la bibliothèque. Les cheminements d'un long parcours. La multitude des souvenirs. Il suffit, pour les relier les uns aux autres, d'aller puiser dans l'un ou l'autre de ces romans-là.
"Le rabaissement" n'est pas tellement un roman qui parle de la vieillesse. Certes, Simon Axler, n'est plus tout jeune. Mais ce dont souffre le comédien, c'est de l'échec, celui qui survient à partir de l'instant où la machine se dérègle, où il devient impossible au comédien, en dépit du métier et du savoir-faire, d'habiter un personnage. Simon Axler s'impose alors la solitude et l'enfermement. Jusqu'au jour où survient la femme, quadragénaire et lesbienne. Lorsque s'esquisse une étrange relation dans laquelle chacun des partenaires cherche une issue à ses problèmes existentiels.
Actrice et acteur? Le vieux comédien entend écrire puis maîtriser la mise en scène. Chacune et chacun dans des rôles à contre-emploi? Pour celui qui connut le succès sur les grandes scènes new-yorkaises, celui qui renaît dans une entreprise de séduction d'un genre nouveau. Pour celle qui s'initie à un emploi d'un genre dont elle semble ignorer les tenants et les aboutissants. Si tant est que la réalité puisse se montrer conforme aux exigences du maître. Rien de moins sûr. Et c'est bien dans cette approche, dans cette confusion des genres que le roman de Philip Roth atteint au meilleur de l'œuvre accomplie dans laquelle le Lecteur retrouve tant des reflets de ses propres errements.
"La rivière noire" de Arnaldur INDRIDASON (Métailié). Le Lecteur peine à comprendre l'engouement autour des polars venus du froid. Celui-ci, certifié islandais, l'a ennuyé même s'il a éprouvé de vagues sympathies à l'égard d'Elinborg, inspectrice chargée d'enquêter sur l'étrange assassinat d'un jeune homme apparemment sans histoire(s). Mais il a toutefois appris qu'il ne fait guère bon vivre à Reykjavik.
"Anatomie d'un instant" de Javier CERCAS (Actes Sud). Le Lecteur se souvient d'images floues. Celles de quelques militaires, d'un officier et son tricorne. Qui font irruption dans l'enceinte du Parlement de la toute jeune démocratie espagnole. Le 23 février 1981. Leur objectif? Mettre un terme au processus initié par Adolfo Suarez, premier ministre déjà démissionnaire le jour où se produit le coup d'état. Les parlementaires se tapissent sous leurs fauteuils. Ils sont trois à refuser de se soumettre. Adolfo Suarez, centriste, passé par la Phalange, avant que de gagner la confiance du futur monarque. Le général Guttierez Mellado, bras droit de Suarez en tant que vice-président du gouvernement. Et Santiago Carillo, le communiste, personnage emblématique de la lutte contre le franquisme. Trois protagonistes majeurs d'une nuit au cours de laquelle la démocratie vacille, où l'armée hésite, où le monarque refuse de cautionner les putschistes.
L'histoire est évidemment infiniment plus complexe. Une histoire à laquelle Javier Cercas se confronte, non pour la raconter à la façon d'un professionnel de la chose, mais pour tenter de comprendre le pourquoi du comportement des trois insoumis. En entrant, entre autres, dans la peau de chacun d'entre eux, en mettant à vif leurs contradictions, en replaçant chacun d'entre eux dans le magma d'alors, en ces années où la sortie du franquisme constitua une entreprise à hauts risques.
("D'un point de vue général, la Transition - cette période historique que nous connaissons sous ce mot trompeur laissant entendre que la démocratie fut une conséquence inéluctable du franquisme et non le fruit d'un enchaînement volontariste et improvisé de hasards, rendu possible par la décrépitude de la dictature - consista en pacte par lequel les vaincus de la guerre civile renonçaient à demander des comptes pour ce qui s'était passé pendant les quarante-trois années de guerre et de dictature; en contrepartie, les vainqueurs acceptaient, après avoir réglé leurs comptes aux vaincus pendant quarante-trois ans, la création d'un système politique capable d'accueillir les uns comme les autres, et dans le fond identique au système défait à l'issue de la guerre civile. Ce pacte ne supposait d'oublier le passé, mais de le suspendre, de le contourner, de l'ignorer; il supposait de renoncer à l'exploiter politiquement, mais non de l'oublier...")
Le coup d'état vient brutalement rappeler à tous les acteurs que ce pacte est fragile. Franquistes et militaires s'indignent de certaines des mesures que Suarez fait adopter, dont la légalisation du parti communiste qu'il a négociée avec Carillo. Mais franquistes et militaires sont divisés. Alors? Coup d'état "dur" ou coup d'état "mou"? Et quelle place pour le Roi? Entre ceux qui rêvent d'un retour aux fondamentaux du franquisme et ceux qui souhaitent copier le modèle gaullien. Le Général Armada (protagoniste majeur du complot) "pensait sans doute que, le 23 février, il pourrait adapter à l'Espagne le modèle de De Gaulle pour faire un coup d'Etat qui ne dirait pas son nom."
Le Lecteur insiste: ce livre n'écrit pas l'Histoire. Il use de l'Histoire afin de mettre en lumière les affrontements qui opposent ceux qui entendent conquérir le pouvoir. Dans un pays qui n'est pas encore "normalisé", pour lequel la démocratie est moins une réalité qu'une perspective. "Anatomie d'un instant" est donc un brillantissime exercice littéraire qui alterne et entremêle la tragédie et la tragicomédie. Ubu y côtoie Machiavel sans que jamais la caricature ne dénature le propos. Les ambiguïtés et les ambivalences des uns et des autres tracent les contours des territoires à l'intérieur desquels les puissants, qu'ils le veuillent ou non, sont contraints d'évoluer.
"La belle amour humaine" de Lyonel TROUILLOT (Actes Sud). "... la terre qui t'appartient, c'est celle où tu plantes tes rêves. Celle que tu aimerais léguer à tes enfants." Lyonel Trouillot a planté ses rêves en Haïti. Et chacun de ses romans, chacun de ses recueils entraîne le Lecteur à la découverte des multiples réalités de l'Île. Loin des parcours touristiques, mais si loin aussi des clichés véhiculés par les "humanitaires". Une terre d'hommes, de femmes, d'enfants arrimés à la vie. Dans cette "belle amour humaine", Lyonel Trouillot narre la rencontre de celui qui est né et qui vit en Haïti et de celle qui, bien que née d'un père haïtien, découvre la terre de ses ancêtres. Une rencontre? A dire vrai, deux monologues qui se complètent et s'éclairent mutuellement. L'enchevêtrement des mots de celui qui porte la mémoire, une mémoire fluctuante et fragmentée. La précision et la concision de celle qui n'est point venue sur l'Île pour y retrouver de prétendues racines. Le reste ne se raconte pas. Le Lecteur fut comme emporté par la somptuosité du Verbe tout autant qu'interpellé par les questions que posent Lyonel Trouillot, des questions qui touchent à l'essentiel, indépendance, démocratie, liberté.
"La belle étoile" de Jean VEDRINES (Fayard). Sans doute un rendez-vous manqué. Tant le Lecteur est proche de ce qui constitue la trame de ce roman: la place prise par des immigrés italiens, au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans la société française. Place économique, puisque ces immigrés participèrent à la remise en marche de la machinerie industrielle. Mais aussi place politique, puisque ces immigrés (ceux du roman) avaient auparavant participé à la résistance anti-fasciste et milité au sein du parti communiste italien. Malgré cela, malgré tout l'intérêt que le Lecteur porte à ce moment de l'histoire et à ce que fut l'apport de l'immigration italienne dans la vie politique française, il est resté trop souvent à la marge du récit. Comme si l'insupportait la narration assumée par le fils du militant, un adolescent fasciné par ce que fut le père et qui, lui aussi, rêve de révolution.
"Léa" de Pascal Mercier (Maren Sell). Il est désormais évident que le Lecteur rencontre un problème avec Pascal Mercier. Puisqu'il n'est jamais descendu du train pour Lisbonne. Une remarque qu'il formula peut-être d'une autre manière au terme de sa lecture de "L'accordeur de pianos" et qu'il confirme aujourd'hui après avoir refermé "Léa". Il est bien vrai que le Lecteur attend désormais beaucoup trop de Pascal Mercier. Ce qui fausse son approche des nouveaux textes, des nouveaux romans. Ce qui dévoie son jugement.
"La passerelle" de Lorrie MOORE (L'Olivier).Le rêve désenchanté qui vire de temps à autre au cauchemar. Une Amérique en proie au doute. Une Amérique qui se reflète dans le regard d'une femme de vingt ans. Etudiante. Qui joint les deux bouts en exerçant de petits boulots. Dont celui de baby-sitter. Au service d'une famille qui vient d'adopter une petite fille. Laquelle adoptée se singularise en n'étant pas blanche.
D'origine rurale, Tassie, l'étudiante, peine à trouver ses repères aussi bien auprès de ses employeurs que du milieu universitaire. Mais c'est tout de même vers elle que se tourne son jeune frère. Un jeune frère privé d'avenir et qui n'a donc d'autre perspective que de s'engager avant que de gagner les théâtres des combats familiers à l'armée américaine. Roman attachant, roman des tentatives de la survie, mais roman en demi-teinte qui n'a su s'attirer les faveurs du Lecteur.
"Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les indiens" de Fabio GEDA (Gaïa). De Turin à Madrid, via Berlin, les errances d'un adolescent roumain. Privé d'un père que la flicaille italienne a réexpédié à Bucarest. A la recherche d'un grand-père (improbable?), comédien qui sillonne l'Europe en présentant un spectacle iconoclaste. Au bout du compte, un romain plein de charme, de (fausse?) candeur. Un roman tout plein de vibrations et qui déborde d'une fraternité dont nos sociétés sont aujourd'hui si avares. Un roman qui dénonce l'intolérance. Un roman qui fait chaud au coeur.
"Nagasaki" de Eric FAYE (Stock). Le Lecteur aime la littérature d'Eric Faye. Il a donc apprécié "Nagasaki", un court roman qui relate la non rencontre, dans la cité nippone, d'un homme et d'une femme. Un homme solitaire, à la vie tranquille de celui qui n'ambitionne rien. Une femme à la dérive qui trouve refuge dans un recoin de l'appartement qu'occupe l'homme. Une femme fantôme. Qui le demeure jusqu'au jour où grâce à la "technologie", l'homme découvre enfin la présence incongrue d'une étrangère dans un chez soi qui n'est déjà plus le sien. Un beau roman sur les solitudes qui ne se partagent pas, dans un monde où l'on ne se parle pas.
"L'homme qui m'a donné la vie" de Virginia BART (Buchet-Chastel). Fable oedipienne. Qui a peut-être abouti, pour l'auteure, à une analyse "utile". Mais un roman qui n'a pas convaincu le Lecteur. Malgré ou en dépit des quelques instants de vibrations qui lui confèrent un peu de couleurs. L'ensemble s'installe dans un grisé tellement prévisible qu'il en devient vite lassant.
"D'acier" de Silvia AVALLONE (Liana Levi). Le Lecteur est un vieillard méfiant qui n'apprécie guère que l'on veuille lui forcer la main et que, sous le prétexte de succès éditoriaux de l'autre côté de l'Alpe, on lui claironnât illico l'émergence d'un chef d'oeuvre. Donc le Lecteur met les points sur les i: "D'acier" n'est pas un chef d'oeuvre. Mais il s'agit bien d'un roman qui révèle le talent d'une jeune auteure. Une jeune auteure qui a pris le risque d'évoquer ce qui, selon les larbins du Capital, serait en voie de paupérisation irrévocable: la classe ouvrière. En l'occurrence, et dans ce beau roman, les sidérurgistes.
(Le Lecteur parenthèse très brièvement. Il apparut en France une jeune et prometteuse écrivaine - telle fut tout au moins l'opinion du Lecteur - qui, voilà sept ans, publia chez Stock un roman intitulé "Les derniers jours de la classe ouvrière". Un beau roman. Un pudique et chaleureux hommage à un sidérurgiste lorrain, militant syndical et politique, le père de l'écrivaine. Greffé au souvenir de ce que fut le Pays Haut. L'auteure a, depuis, viré de bord. Désormais, elle "fait de la politique". Professionnellement. Aurore Filippetti, bien entendu.)
Donc les sidérurgistes. Ceux de Piombino. Pas très loin de Livourne, face à l'île d'Elbe. Un des hauts lieux de la sidérurgie italienne. Un haut lieu réduit à très peu de choses, mondialisation oblige. Licenciements. Désindustrialisation. Chômage. Misère. Une misère qui peine à se dissimuler à l'intérieur des HLM érigées du temps de la splendeur du PCI. Un "grand ensemble", avec sa rue Stalingrado, bien entendu. Silvia Avallone restitue avec brio la vie ordinaire d'une classe ouvrière acculée au désespoir et contrainte à vivre d'expédients.
Les réticences du Lecteur concernent les idylles dont la narration jalonne le roman. Sans jamais vraiment le parasiter mais en édulcorant parfois le propos. Certes, le Lecteur n'ignore pas que pour atteindre au paradis, la classe ouvrière est désormais contrainte d'emprunter des chemins de traverse. Certes, il est en mesure d'en témoigner, les amours adolescentes sont rarement conformes à l'imaginaire défraîchi des adultes. Mais peut-être que sont superflues les dernières pages. Sauf à vouloir prouver que la rédemption ne relève pas de l'impossible ou de l'inimaginable.
"Parle-moi un peu de Cuba" de Jesus DIAZ (Métailié). Le Lecteur avait découvert ce roman voilà une bonne dizaine d'années. Métailié a eu l'excellente idée de le rééditer. Quoi de plus normal? L'oeuvre n'a pas pris une ride. Les infinies souffrances consécutives à l'exil. La nostalgie de l'Île natale, paradis socialiste pour les uns, enfer pour les autres. L'humour de Diaz le conduit à tracer des frontières fluctuantes entre les deux domaines. Quant au plaisir du Lecteur, il dut identique à celui qu'il connut lors de la découverte, voilà donc une bonne dizaine d'années.
"Qu'as-tu fait de tes frères?" de Claude ARNAUD (Grasset). "La nostalgie ne constitue jamais une bonne politique, mais elle traduit à l'occasion une intuition fondée: on ne reverra pas de sitôt une époque si excessive. Nos vieux pays n'en ont plus les moyens, ni même l'envie. Chacun a trop réellement peur de la misère pour s'offrir le luxe de tout renverser." La nostalgie ne débouche jamais sur une bonne littérature. Claude Arnaud s'est évité ce piège-là. Bien que son roman autobiographique s'immerge dans des périodes de turbulences, et en tout premier lieu les années 70 et 80. Bien que Claude Arnaud ait fréquenté beaucoup de ceux qui furent des acteurs importants (essentiels?) de ces années de turbulence(s). Mais rien d'ostentatoire dans le propos. Au contraire, une grande pudeur, la pudeur qui sied aux modestes. Dans le tumulte d'alors, il y a une famille. Une famille qui, en dépit de son assise sociale, ne protège ni ne prémunit contre aucune dérive. Trois frères, et un petit dernier. Ce qu'il aurait pu ou dû advenir. Ce qui n'advint pas. Le Lecteur entend par là, la réussite telle qu'elle se concevait alors. Trois frères et leurs errances respectives. Les drames accompagnés de leurs souffrances. La mort. Un roman que le Lecteur aborda en catimini, mais dans lequel il finit par s'immerger puis par s'identifier. Le roman d'un temps qui n'est plus, d'un temps dont les traces s'estompent. Claude Arnaud ne dénigre ni ne caricature. Il est le Narrateur. Et sa Narration mérite plus que du respect ou de l'attention.
"Fugue et rendez-vous" de Bruno BAYEN (Bourgois). 1961. Une éclipse du soleil. La fin de l'enfance. Puis "un quarteron de généraux félons". Une année si particulière. Bruno Bayen reconstitue par touches légères sa vie de lycéen parisien. Comme pour créer un tableau impressionniste. Le Lecteur entend par là la restitution d'impressions, celles qui jalonnent les quelques semaines qui sont celles de la rupture (plus que de la cassure) pour un enfant enclos dans une famille plutôt portée sur la tradition. Un Lecteur peu passionné, en dépit du fait que l'année 1961 laissa en lui des blessures qu'il n'évoquera pas ici. Non que le roman ne l'ait pas concerné, mais son mode narratoire n'a su captiver son attention ni vraiment l'émouvoir.
fleurs et tomates