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Le temps qui passe

Décembre 2008
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Je me suis penché et j’ai vu un petit bracelet fait de cordelettes. C’est un bracelet à la mode « marine », constitué  d‘une succession de nœuds patiemment répétés. Il est bleu et blanc. Je l’ai ramassé sur le sable. Sur le sable de la plage de la baie des anges, c’était à la baie des anges, comment te dire l’ange ? Comment te dire mon ange si tu te reconnais, ou plutôt si tu le reconnais, ce bracelet ? Car nul doute pour moi, c’est bien le bracelet d’un ange que j’ai trouvé là. J’ai hésité, je me dois de le préciser. J’ai hésité oui, avant de le mettre à mon poignet. Je l’ai gardé longtemps dans ma poche. Je l’ai serré dans ma main, jusqu’à ce que je finisse par me convaincre que tu ne m’en voudrai pas. Après tout tu es un ange et tu sais bien de quel sucre je suis fait, de celui, qui lorsqu’il coule, on fait les larmes, sucrées, salées, comme les parfums de la plage de la baie des anges à l’Aberwrac’h. Peut être viendras tu une nuit me le reprendre. Je dormirai, et je sentirai juste un souffle léger, un arôme où se côtoient mer et montagne. La mer que tu survoles et la montagne que je gravis. Tu te pencheras, tu hésiteras et tu finiras par te convaincre que je ne t’en voudrai pas, après tout, tu es un ange...  

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Avant de m’allonger dans un fouillis de draps et quatre oreillers, Je veille. En terrasse, surplombant le jardin, prévenant la nuit, où dans l’obscurité la fraicheur chasse peu à peu l’air tiède précédant,  je me balance sur ma chaise roulante. Je bascule tel un métronome, ponctuant un chant indien avec tabla et harmonium. J’apprécie l’élancement de mon arbre, un eucalyptus qui baille dans un bruissement ad minima. J’imagine sa sève surgissant des profondeurs et l’irrigant de branches en branches. Mes singes intérieurs jouent et s’élancent bras en croix, de la cime à travers les feuilles. Dans les bambous, des bordées d’injures fusent des piafs qui s’esbroufent à l’approche du faucon crécerelle. A la base des hautes tiges, le chat gris est immobile. Je lève les yeux et fixe une étoile. Le vent aussi s’est levé, doux, caressant. D’un revers du décor, il secoue la frondaison des feuillus de l’ubac avant son retour sur l’adret. J’entends la frime de son souffle avant qu’il ne balaye mes dernières mèches. La pierre chauffée au long du jour restitue une tiédeur propre aux jardins éternels enfuis au fonds des îles. J’allume une sèche. La crête des montagnes s’estompe peu à peu à la faveur du crépuscule. Un verre de vin à la main, je dodeline de la tête à l’indienne et ferme les yeux. Je suis vivant. Un hêtre vivant, un fayard à quatre pattes. Et je bois, perdu et insignifiant dans cet univers grandiose, entre les cuisses de la montagne, à ma Mère, à la nature… aux teintures mères et je vais me coucher me disant tiens j’ai peut être trop fumé. Tu me manques Pénélope.
07124846.jpgJe suis redescendu dans mon jardin. Je sais, c’est une manie, çà ne figure pas dans la chanson, mais c’est bien et c’est mieux quand c’est bien. D’aucun, prêtres ou capucins, le prendront comme un refrain apocryphe. Qu’ils en fassent à leur guise. Messire, monseigneur, le grand ordonnateur d’un esprit aussi mal fagoté que le mien, dépourvu du sérieux requis tel un jardinier qui pourtant, Martin ne se prénommant, à poil s’éclate, madame, comme au Sénégal. Le soir sous la lune arrosant, et le matin à l’heure où les sangliers se tirent, cueille à son tour, la vie offerte au détour des framboisiers, fraisiers, tomates, jusqu’à s émouvoir d’une nouvelle rose, à cueillir, au profit de la première callipyge à pénétrer dans mon jardin d’Eden, où les dieux, viennent en secret planquer leur paresse au yeux du monde obsédé par les gains de productivité, et prodiguer à leur lutin mille caresses qu’il, chers amis, vous rend aujourd’hui en doux baisers.
Captain Igloo, mitoyen du monde, et jardinier sans barrières. 
18092817.JPGComme dit la chanson, je suis descendu dans mon jardin…Les choux ont commencé leur révolution intérieure. Ils commencent à se pommer. Là, je me dis qu’il faut faire gaffe. La méditation, l’introspection, tout cela mérite une très grande vigilance. On peut se pommer. C’est bête comme choux. On part sur de bonnes intentions et hop, bouffées d’orgueil, putain d’égo. C’est pourtant bien le jardin. On y descend pour y cueillir du romarin et on tombe sur les choux en pleine extase. Les tomates en rougissent d’aise. Les fraises se sucrent. Les pommes s’épanouissent. Le basilic fleure bon. Les poireaux sont de la revue en carré d’oignons. Les carottes attendent un message et balisent la piste d’atterrissage. Les haricots se préparent à leur fin. Les betteraves s’arrondissent à leur base. Les navets organisent leur festival. Le persil fait la sourde oreille au concombre qui glousse dans les mauvaises herbes qui ne font rien qu’à dévergonder les cucurbitacées. Les salades en font leurs choux gras et se délectent en messes basses jusqu’à ce que la rumeur atteigne les pieds de framboises et leurs voisins pieds de vignes tombant de merlot en syrah…
06080637.JPGPour lui tout s’était arrêté. Même la terre ne tournait plus à la même vitesse. La lumière crue de l’été exaltait les formes. Il en percevait toute la magie dans l’instant même, en fixant  les ramures touffues de l’arbre qui se reflétaient à travers la vitre de la porte des toilettes. Les teintes du petit cabinet se mariaient à cette impression. Il était au bon endroit, au bon moment, conjonction parfaite de tout un système cosmique. Une idée du bonheur se glissait par la fenêtre ouverte, par celle là même qu’il aperçut une semaine auparavant, un écureuil sautillant sur la rive du mur d’en face. Le petit animal l’avait fixé, s’arrêtant brièvement. Ainsi donc il mesurait toute l’intensité de la vie à la perception d’un fragment de toile, conçu dans cet univers où il ne passait d’habitude qu’un temps le plus court possible à toutes fins utiles. Assis sur ce fauteuil de porcelaine, les pieds nus sur le plancher, il jouissait de ce moment précis, d’habitude trop ordinaire pour en divulguer quoique que ce soit. Isolé de tous, bien qu’au milieu de toute une maisonnée, dans cette petite pièce aux murs chaulés, qu’un courant d’air reliait encore au monde par un vantail à demi fermé, il se disait que la porte de sortie était à l’intérieur.
Qui ne s’est point laissé aller à s’allonger entre les rangs de carottes à peine naissantes, armé d’une pince à épiler, ou entre les choux de Brunswick, muni d’un petit sarcloir, n’a pas réellement gouté au plaisir du jardin. Le désherbage allongé, ou mieux, de son vivant, les prémices de croquades de pissenlits par la racine. Canapé naturel, boulot de patience, tout beau, tout bio, entièrement décontracté ; alliant passion, efficacité, vue micro, en lien avec toutes sortes d’insectes, à même notre mère la terre à lui  téter les seins en mordant la poussière…Ne pas oublier son chapeau. Les plantes sont sensibles au charme du chapeau.
jonque-032.jpgNon le facteur n'est pas passé. Hier j'ai fêté, un point c'est tout. La lettre, je me la suis remise tout seul. Sans rien dire à qui que ce soit des convives assises autour de la table du jardin. C'est une grosse table que j'ai faite à partir de plateaux de chantiers utilisés il y a quelques années dans le montage d’un échafaudage pour la réfection de ma maison. Voilà une bonne soirée, des amis, la table à l'orée des bois, une température d'un soir d'été, quelques bouteilles, d'un litre exact, non pas des tromperies de soixante quinze centilitres, excusez un peu;  une truite qui a cuit sur un lit de gros sel, posée sur une lauze au dessus du feu. Et moi qui fêtais çà dans ma tête, ma p’tite tête d'insensé, sans doute, penserez-vous. Il y avait des moustaques qui attiquent et qui piquent. De ces petites bêtes, malines et discrètes ; pas les hélicoptères habituels qui vous ruinent le sommeil en faisant ronfler leur hélices agaçantes, non, non, des tous petits, dont nous ne sommes pas peu fiers en Cévennes, minuscules, indétectables, seulement au moment de la sournoise attaque, des phlébotomes, des vrais chieurs. A vrai dire, je ne suis pas sur de l'orthographe de ce mot. Qu'importe, de la phonétique, j'en suis sûr. Juste, pour dire, de l'importance de cette petite bestiole, qu'une appellation aussi pesante ne parvient même pas à écraser. Alors y'avaient les moustiques et les inévitables serpentins allumés comme autant de mèches de boucaniers, aussi bien prêtes à allumer le tabac que les mousquets pour se parer d'une attaque. Et puis la bouteille dis-je. Ah oui, la bouteille de vin blanc, fraiche, si fraiche que l'étiquette en devient collante, et que le verre s'embue, au contact du divin liquide, à moins que ce ne soient les lunettes, ou la vue qui s'embrouille, ou la vie qu'est émue de tant de considération d'un être qui la vénère dans un moment de faiblesse sublimée, élevée en oraison, en toast à l'avenir, à la folie douce, à la déraison, à l'amour quoi, à vous, à nous tous qui cherchons un p’tit coin, le p’tit coin, dont nul mal intentionné ne saurait se satisfaire, et voilà pourquoi il reste ouvert, en grand, à ceux qui reniflent cette petite joie de vivre ensemble, du bonheur né d’un bout de liberté embarquée avec peu. Nom, Peu, prénom, Assez. Etat civil du moindre, de l’assez peu, et voilà tout un programme à la Baloo du livre de la jungle. " Il en faut peu pour être heureux..." Une ode à la paresse, un coup de pied qui fait ouille, bien placé dans les ...genoux du sacro saint travailler plus pour gagner plus. Pour gagner quoi, des clopinettes, des miettes d'un gâteau destiné à d'autres, peu nombreux, fiers ou inconscients, de perpétrer l'éternelle injustice qui fait de celui qui produit le privilège de celui qui ramasse. Ce soir là, oui j'ai fêté cela, le refus à jamais, l'objection de croissance, non point encore la décroissance, juste les croissants, que l'on fait soi même comme on fait son jardin, et oui je vous l'avais déjà dit, la révolution passera par les potagers, non pas en jardins ouvriers, laissons ce terme aux nostalgiques des luttes en bleu, qu'un peu de rouge suffisait pour point de mire, non là, olà l'ami entends tu le vol du phlébotome qui parvient en piqué à t'émoustiller l'épiderme, pour mieux t’éveiller à ce qu'il y a vraiment de piquant dans cette vie. Le pouvoir de décider, de quoi elle sera faite ou défaite, loin des slogans et des tromperies démagogiques, je bois comme on s'enivre à la joie, à l'amour, à la philosophie, à l’orée d’un siècle que voudrait « allumé », à son image, un vieux noble rebelle au chausse point troué, canne épée et chaussures à talons hauts, qu'une perruque de travers force autant au respect qu'au sourire de circonstance, image d'un infortuné qui pète à en bouger les montagnes, insoumis rastacouère au port digne, qui convie l'entourage pour brûler les chandelles et fomenter la révolte pacifique des doux dingues, des fêlés de la toque, des piqués aux moustiques, des insoumis du CAC quarante, boire jusqu'au lever du jour, jusqu’à plus soif de son insoumission et s’en aller pisser à la frondaison, débraillé et éructant devant un sanglier qui encore, sous le soleil à cette heure en rigole d’autant d’aisance et d’effronterie d’un tout petit zizi, à l’aise dans son maquis… A suivre… 
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