Je me suis penché et j’ai vu un petit bracelet fait de cordelettes. C’est un bracelet à la mode « marine », constitué
d‘une succession de nœuds patiemment répétés. Il est bleu et blanc. Je l’ai ramassé sur le sable. Sur le sable de la plage de la baie des anges, c’était à la baie des anges,
comment te dire l’ange ? Comment te dire mon ange si tu te reconnais, ou plutôt si tu le reconnais, ce bracelet ? Car nul doute pour moi, c’est bien le bracelet d’un ange que j’ai
trouvé là. J’ai hésité, je me dois de le préciser. J’ai hésité oui, avant de le mettre à mon poignet. Je l’ai gardé longtemps dans ma poche. Je l’ai serré dans ma main, jusqu’à ce que je finisse
par me convaincre que tu ne m’en voudrai pas. Après tout tu es un ange et tu sais bien de quel sucre je suis fait, de celui, qui lorsqu’il coule, on fait les larmes, sucrées, salées, comme les
parfums de la plage de la baie des anges à l’Aberwrac’h. Peut être viendras tu une nuit me le reprendre. Je dormirai, et je sentirai juste un souffle léger, un arôme où se côtoient mer et
montagne. La mer que tu survoles et la montagne que je gravis. Tu te pencheras, tu hésiteras et tu finiras par te convaincre que je ne t’en voudrai pas, après tout, tu es un ange...
Avant de m’allonger dans un fouillis de draps et quatre oreillers, Je veille. En terrasse, surplombant le jardin, prévenant la nuit, où dans l’obscurité la
fraicheur chasse peu à peu l’air tiède précédant, je me balance sur ma chaise roulante. Je bascule tel un métronome, ponctuant un chant indien avec tabla et harmonium. J’apprécie
l’élancement de mon arbre, un eucalyptus qui baille dans un bruissement ad minima. J’imagine sa sève surgissant des profondeurs et l’irrigant de branches en branches. Mes singes intérieurs
jouent et s’élancent bras en croix, de la cime à travers les feuilles. Dans les bambous, des bordées d’injures fusent des piafs qui s’esbroufent à l’approche du faucon crécerelle. A la base des
hautes tiges, le chat gris est immobile. Je lève les yeux et fixe une étoile. Le vent aussi s’est levé, doux, caressant. D’un revers du décor, il secoue la frondaison des feuillus de l’ubac avant
son retour sur l’adret. J’entends la frime de son souffle avant qu’il ne balaye mes dernières mèches. La pierre chauffée au long du jour restitue une tiédeur propre aux jardins éternels enfuis au
fonds des îles. J’allume une sèche. La crête des montagnes s’estompe peu à peu à la faveur du crépuscule. Un verre de vin à la main, je dodeline de la tête à l’indienne et ferme les yeux. Je suis
vivant. Un hêtre vivant, un fayard à quatre pattes. Et je bois, perdu et insignifiant dans cet univers grandiose, entre les cuisses de la montagne, à ma Mère, à la nature… aux teintures mères et
je vais me coucher me disant tiens j’ai peut être trop fumé. Tu me manques Pénélope.
Je suis redescendu dans mon jardin. Je sais, c’est une manie, çà ne figure pas dans la chanson, mais c’est bien et c’est mieux quand c’est bien. D’aucun,
prêtres ou capucins, le prendront comme un refrain apocryphe. Qu’ils en fassent à leur guise. Messire, monseigneur, le grand ordonnateur d’un esprit aussi mal fagoté que le mien, dépourvu du
sérieux requis tel un jardinier qui pourtant, Martin ne se prénommant, à poil s’éclate, madame, comme au Sénégal. Le soir sous la lune arrosant, et le matin à l’heure où les sangliers
se tirent, cueille à son tour, la vie offerte au détour des framboisiers, fraisiers, tomates, jusqu’à s émouvoir d’une nouvelle rose, à cueillir, au profit de la première callipyge à pénétrer
dans mon jardin d’Eden, où les dieux, viennent en secret planquer leur paresse au yeux du monde obsédé par les gains de productivité, et prodiguer à leur lutin mille caresses qu’il, chers amis,
vous rend aujourd’hui en doux baisers.
Captain Igloo, mitoyen du monde, et jardinier sans barrières.
Qui ne s’est point laissé aller à s’allonger entre les rangs de carottes à peine naissantes, armé d’une pince à épiler, ou entre les choux de Brunswick, muni
d’un petit sarcloir, n’a pas réellement gouté au plaisir du jardin. Le désherbage allongé, ou mieux, de son vivant, les prémices de croquades de pissenlits par la racine. Canapé naturel, boulot
de patience, tout beau, tout bio, entièrement décontracté ; alliant passion, efficacité, vue micro, en lien avec toutes sortes d’insectes, à même notre mère la terre à lui téter les
seins en mordant la poussière…Ne pas oublier son chapeau. Les plantes sont sensibles au charme du chapeau.
fleurs et tomates