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Le temps qui passe

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humeur du chef

akela-118.jpg Momo, t’as du chagrin, alors viens par ici, avant de se laisser aller, de boire une tasse au fond d’un magnum et de fumer jusqu’aux filtres viens, embarque  et découvre New et Old Delhi, viens écouter, Balram, viens caresser « Le tigre blanc » d’Aravind Adiga, et tu sauras ce qu’il veut dire quand il parle des hommes « à demi cuits », quand il décrit ce que pensent les pauvres des riches et les riches des pauvres, comment il compare nos démocraties à une immense « cage aux poules », comment il convient de baiser le cul des dieux et comment loin de nous plomber avec ce nid à merde que nous construisons tous les jours comment on survit avec une plume acérée et plein d’humour noir, de l’humour qui fait mouche toutes les pages et qui  pourrait dynamiter le plus inhibé des mouligasses d’un imaginaire parti pris politique. Viens Momo, manger un dal pour quelques roupies et  puis après t’iras pleurer, parce que çà fait du bien, parce que y’a que les gens bien qui pleurent et tant qu’à faire j’en mettrai une louche de plus avec Caetano Veloso, pour tout vider tes larmes et rincer jusqu’au sel…

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Du bleu, rien que du bleu,

tout ce qui reste collé à la rétine

de  l'oeil qui niche au fond du coeur.

Y avait pourtant du gris des fois, du froid aussi,

des vagues à l'âme par hasard;

mais du bleu, toujours du bleu, de la nuit 

en veux tu par paquets de bleu,

sous les enseignes des bars du bleu, de la fumée, 

les bas des femmes au bar de la marine,

du Habanna où il fait soleil au mileu de la nuit

mourir en bleu au bord d'un quai, glisser dans l'eau

et à jamais se fondre en bleu.

 

 

 

 

Par association phonétique, hier, quand j'ai entendu le salaire de Carlos Gone, je me suis mis à lire Antigone, de Jean Anouilh...

 

"...Ils sentent l'ail, le cuir et le vin rouge et sont dépourvus de toute imagination" Jean Anouilh, Antigone... De l'imagination ce matin au réveil il m'en fallait pour envisager que le bruit de la mobylette qui tournait autour de ma maison pourtant dépourvue de route attenante et loin de la civilisation n'était pas la fin d'un rêve mais le début d'un cauchemard. En guise de mobylette, ce n'était en fait que le bruit de la sulfateuse équipée d'un moteur deux temps et surmontant un humanoïde au cerveau bridé. Justin Bridou coiffé d'une casquette Ricard. C'est qu'il traitait ses patates avec ce genre de produits qui vous met la rate au court bouillon, qui change le sexe des poissons, en attendant de s'attaquer joyeusement au votre et à celui de vos enfants s'il vous reste le temps d'en envisager la construction. Chaque année il le fait, chaque année je lui dis, et rien à faire...

 

Alors je suis descendu dans ma cuisine, faire cuire l'eau pour un café et j'ai allumé France Inter, qui aujourd'hui est agréable puisque c'est la grève. La grève c'est bien, en buvant à petites gorgées le pt'it noir, et puis y'avait "...avec les mots des pauvres gens, ne prend pas froid, ne rentre pas trop tard..." putain avec le temps de Léo Férré, je pensais au parents disparus depuis longtemps, à leurs grèves face à tous ces enculés qui nous rognent nos radios, et toutes les décisions prises au sortir de la guerre inspirées par le Conseil National de la Résistance. Résistance, combien étaient ils vraiment à s'opposer, 60 000, 80 000, je ne sais pas. C'est qu'on a l'air bête en slip sur sa chaise à écouter Léo Férré dans un fond sonore de sulfateuse qui brouille le message. Ici l'ombre, poum, poum, poum....poummmm, ici la face cachée et le côté obscur, combien de temps encore, combien de massacres au cancers et d'émasculation de nouveaux nés faudrat -il pour nous faire entendre que la fabrication de ces produits sont un crime contre l'humanité?

 

J'ai oublié le bruit de l'épouvantable machine et je me suis concentré sur les raisons de la grève. La retraite et oui, c'est vrai, je l'entends de plus en plus souvent autour de moi cette phrase: " tu vois c'est pas pour moi, je m'en fous, je sais bien que j'en aurai pas, mais quand même, c'est dégueulasse, ce qu'il font..." Hier, je me rendais compte que dans tout ce tripatouillage, il s'agissait bien de faire payer par les cotisations des ouvriers, la retraite des cadres, ouais, France Cul c'est moins insolent qu'Inter, mais les infos sont plus détaillées...ou bien, surfer de décôte en décôte afin de diminuer la pension de ceux qui auront trop changé de métiers, geste pourtant encouragé par ceux là mêmes qui manient la décôte.

 

Alors j'ai fini d'un trait le pt'it noir, jusqu' au mare de café qui tapisse le fond du bol, s'habituer petit à petit à en bouffer, du mare de café, jusqu'à ce que tout devienne insuportable et j'ai repris mon bouquin qui donnait à espérer qu'au fond du bol y'avait une suite et une jouréne de plus à vivre.

 

"...Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose et puis ceux qui croyaient le contraire..." Jean Anouilh, Antigone.

Bien sûr, ce n'est pas parce qu'on va économiser sur le salaire des hauts fonctionnaires et des élus qu'on gagnera assez d'argent pour changer le sort des plus démunis, trop nombreux...Encore que cela suffise pour une seule famille et ce serait bon pour cette famille...Bien sûr ce n'est pas en criant "tous pourris" qu'on consolidera la démocratie et la confiance qu'on devrait garder en ceux qui ont pour charge d'accomplir la tache qui leur est dévolue après leur élection par le peuple. Bien sûr l'amalgame des propos aigres doux aux relents acides de l'expression moisie de l'éternelle réaction est facile.


 

Mais il est des temps où cela devient obscène, je veux parler de cette différence de traitement entre les élites et la majorité d'entre nous, à qui ,ces mêmes élites demandent économie, effort, sacrifice de leur temps, de leur travail au prix des "restructurations", de leur service public, de leur protection sociale, etc. Il devient obscène de prêcher la rigueur ou l'austérité ou bien le serrage de ceinture pour qui ne porte pas de bretelles faute même de pantalon, alors que ceux là mêmes qui ont été élus par des gens de condition modeste le plus souvent et quelque soient leurs opinions politiques n'ont de cesse d'accepter des salaires sans commune mesure avec le citoyen qu'ils sont censés representer.


Continuent ils à s'en balancer allègrement et se justifier telle Madame Boutin, parce qu'ils "bossent" eux ou elle...et le citoyen rétorquera dans ce cas, on ne travaille pas alors? quel vocabulaire employer madame Boutin, pour justifier les aumones qui nous servent de salaire...? Continuent -ils disais -je et se poursuivra cette lente désagrégation du sentiment républicain qui ne cesse de s'étendre et nous sépare, nous les citoyens de la République.


L'image d'un fossé qui s'écarte entre la réalité du peuple et la réalité de ceux qui sont à leur service est maintenant fondée. Ils n'arrivent plus, à l'exception de quelques uns à imaginer qu'un sentiment d'injustice et de défiance s'installe durablement dans l'opinion, ou ce qui est pire, le manque d'opinion à savoir le désintérêt et par là l'abstention au moment des scrutins. Assez de nous faire la morale pour accomplir son devoir de citoyen, j'irai quand je gagnerai la moitié de ce que touche madame Boutin, parce que je "bosse" aussi comme elle le dit, pour le bien de mes proches, pour le bien de mes plus lointains et quelque soit le boulot puisque c'est sans oublier aussi le distingo entre emploi et travail...


Pour finir, loin des idéaux de la République je soulignerai cette imposture selon moi qui consiste à user politiquement de son enracinement chrétien au parlement, ce que je respecte tout de même et oublier la parabole du jeune homme riche... Pour 9500 euros mensuel, j'accepte d'être chargé22144444.JPG de mission, je m'engage même à embaucher.


23141755.JPGC'est pas pour dire, mais on s'en tape de l'hôtel de luxe des bleus, comme des bleus d'ailleurs... y'a longtemps comme dit Mélenchon que çà me révolte de voir les rmistes applaudir les riches taper dans le ballon. Du pain et des jeux, le mondial approche et les mêmes ficelles font merveille, allez remplir les stades tout seuls, pas besoin de vous y contraindre comme le fit Pinochet et consort, qui soit dit en passant est de nos jours reconnu comme le redresseur économique de son pays en son temps... Ouais, allons y tous seuls, on est mûr, comme l'avait prédit Primo Levi. j'aime pas bien les grandes messes dans les stades, même si on y apprend pour de bon à calculer les fractions jusqu'à comprendre grandeur nature la notion du plus petit dénominateur commun, l'intelligence divisée par le nombre... ces endroits me font froid dans le dos, ou bien jusque dans les doigts, les doigts du guitariste Victor Jara...ces doigts qu'on a coupés devant les tribunes remplies de force en ce temps là. Vous allez dire que j'exagère et puis que c'est une fête le mondial, en Afrique du Sud, le pays Arc en ciel..., ouais, je n'y suis pas allé dans les townships, mais je ne mettrais pas mes doigts à couper justement qu'on y vive comme des bisounours dans la paix et l'allégresse entre gens de bonne manière, petits fours et plateau télé, arc du soir fait beau temps prévoir... Tandis qu'on prolonge de manière artificielle les confrontations nationalistes qu'on appelait les guerres par des jeux de ballons adroits et des chants de supporters spirituels, on s'occupe de vous, tours de visse annoncés, restrictions, soupe à la grimace, vous avez travaillé pour un système inique, et bien maintenant vous paierez pour lui, en attendant, voici un hochet, une coupe du monde, du moooonnde oui, amusez vous...C'est pas pour dire, mais on s'en tape de l'hôtel de luxe des bleus, comme des bleus d'ailleurs...y'a longtemps qu'on s'en tape comme de l'hôtel du Fouquet's symbôle de la réussite des élites qui non seulement se moquent des pauvres gens mais se font plébisciter par ceux là mêmes qu'ils exploitent, y'a pas de raison, comme disait Brassens, quand on est con...

 

Pas facile de s'exprimer sur tout et rien quand une flottille à caractère pacifique et humanitaire se fait tirer dessus. Bien sûr je n'y étais pas. Donc je n'ai pas toutes les informations et je ne puis réagir que par émotion?

 

Même si celle ci est souvent mauvaise conseillère. Elle amène à des jugements à l'emporte pièce, à l'aveugle. Mais tuer reste le pire, l'impardonnable. Certains choisiront quoiqu'il arrive, leur camp,et avant tout leur quant à soit, leurs convictions, tandis que d'autres prendront le parti de ceux qu'ils estiment oprimés. Comment réagir face aux strates d'un conflit qui s'éternise et qui sans cesse se complique.

 

Ajouter à celà l'ignorance de la plupart face au "monde méditerranéen", aux cercles, aux clans, aux traditions, aux liens du sang, ajouter les conséquences tragiques du cercle vicieux de la violence, ajouter la prise de position, ajouter à la souffrance individuelle, celle collective de peuples déchirés, ballottés par l'histoire, tenaillés par les mauvaises consciences de la mal nommée "communauté internationale".

 

Comment demander de rayer soixante ans quand deux mille ans hantent encore les mémoires. Retrancher donc à ce qui précède,le manque de discernement et les calculs partisans, les coulisses de la diplomatie, la géopolitique et l'invraissemblable surdité des oreilles charitables. Pauvres gens emportés dans un vent mauvais puisque nés quelque part, nés là où le sort est injuste, là où la violence répond à l'injustice, là où l'injustice précède les malheurs, qu'ils se nomment Shoa, ou bien Nakba sans vouloir comparer quoique ce soit. Elle est folle, la planète des hommes, là où se cotoient poètes et guerriers et rien ne saurait la décrire sinon en prologue qu'une bibliothèque entière à seul dessein de précaution, de mise en garde...extras terrestres passez votre chemin, à cet endroit de la galaxie, tout est compliqué, tout est noeud, tout est souffrance exacerbée et offerte aux dieux qui la jouent aux dés, et gagent l'avenir des pauvres gens confiés à ceux qui sont plus doués pour échapper au sort du commun des mortels. La paix, que vienne juste la paix et ce ne serait qu'un début de justice.

 

17082004-009.jpg Ca fait du bien...non pas çà...je voulais dire tout un week-end avec Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste et Gilles Eric Séralini, biologiste, un bien fou que d’écouter ces deux là pendant deux jours où ils s’en donnèrent à cœur ouverts de leurs études, de leurs réflexions d’hommes libres et érudits, sincères et humbles, tout simplement à nous toucher dans nos intelligences endormies qu’ils réveillent...pendant tout un week-end, aux Ecos-dialogues organisés par la mairie du Vigan...des images en ligne bientôt sur le site de la ville, en attendant que du bonheur en y repensant et méditant l’enseignement qu’ils ont laissé avec la force de leur engagement et le doute qu’ils conservent comme un espace de liberté,  espace  de plus en plus rare dans nos sociétés férues de certitudes tantôt délivrées par monsieur Propre ou bien Gi Jo...

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