Même enrobé d’un caoutchouc, le majeur
reste un doigt. Même muni d’une carte de presse, un journaliste reste un homme. Même enrôlé dans une démocratie, un policier reste un gardien de la paix. Même revêtue d’un mandat, une humiliation
infligée à l'un de ses citoyens reste une offense à la République.
Je suis allé jusqu’au pont, que j’ai traversé, au dessus de l’Hérault. Dans ma main, la main de ma petite, enfouie dans un gant. Je l’ai accompagné pour prendre le bus, la navette qui va à
l’école. De nos bouches sortait de la fumée et c’était rigolo. Son bonnet enfoncé jusqu’aux yeux, elle avait froid pourtant, mais elle trouvait çà rigolo, tout comme le tas de fumier de la ferme
de l’autre coté, qui fumait aussi. La montagne tout autour était recouverte d’une fine pellicule de neige et le givre avait recouvert la vallée où seul l’Hérault semblait résister à
l’engourdissement, en torrent énervé qu’il est encore à cet endroit. Francis, notre vieux voisin rencontré plus tôt sur le chemin, me l’a dit, il fait -5 ce matin, pas chaud pour mettre une
pitchounnette dehors. Christine Boutin lance son idée, et comme elle a dit, « c’est pas parce qu’on dit qu’on va faire » pour se prémunir des attaques à son propos, à – 6 , hop on
oblige tous les sans abris à se mettre à l’abri, magique !. Dans des abris pas très ragoutants aux dires de ceux que j’ai entendus, interrogés ce matin sur France Inter. Déjà, -6, pourquoi
-6 ? Coucher dehors à -5, -4,-3, -2, etc...est ce mieux ? Est-ce tolérable dans un pays riche qu’il n’y ait d’autres solutions pour tout le monde, sans
exception ? Et puis l’obligation...Je me souviens disait Georges...J’étais à Djibouti, la marine, un autre temps, avant l’objection de conscience et la vie
communautaire....des flics ramassaient tous les mendiants, les crève misères, les errants....C’est qu’un paquebot arrivait, et pas n’importe lequel, m’avait dit un flic à qui je demandais
pourquoi tant d’empressement à embarquer tout ce monde à qui l’on était indifférent d’habitude...c’était le Queen Mary, et quand un tel hôte parvenait jusqu’ici, il fallait cacher la misère, à
toutes les vieilles personnes pouponnées qui allaient sillonner la ville au 7 quartiers, allant de l’ « occidental » jusqu’aux plus pauvres dont un que l’on appelait la « cité
Akaï » parce que les « habitants » logeaient dans des cartons de chaîne Hi Fi... C’est cela qui se passe actuellement, cacher ces pauvres que l’on ne saurait voir et qui ont
l’outrecuidance de mourir au-delà de -5 degrés au dessous de Zéro. Je crains que les grands mots, les invectives se réalisent finalement contre toute attente, « la guerre à la misère »,
est une promesse tenue, en effet, en condamnant, le « D.A.L », grâce à l’article R 644 2 du code pénal , à une amende faramineuse pour une association qui défend les
plus pauvres au motif de délit d’encombrement, cette guerre est bien déclarée. C’est chiant les pauvres, ils ne font rien qu’à nous rappeler sans cesse la perversité de notre système et ce
système n’a rien d’autre pour s’en défendre que de condamner celui qui protège et qui rappelle l’injustice d’une société qui privilégie et adule ses riches. Obliger ceux qui dorment dans la rue à
se mettre à l’abri à -6 degrés est une hypocrisie, la même qui fait condamner une association à payer 12 000euros d’amendes au motif du délit d’encombrements sur la voie
publique...hypocrisie d’une société riche, si riche qu’elle recourt sans peine aux milliards pour sauver ses banques. A partir du 1er décembre, entre en vigueur « le droit au
logement », l’état sera-t-il en condamné à son tour ? Les vielles poudrées du Queen Mary, c’est nous, ce qu’on appelle, l’opinion publique qui traine sa pensée rassurée dans les rues
débarrassées de ces pauvres qu’il faut cacher et non pas abriter.
« En ce temps là, Jésus disait, les riches auront la nourriture et les pauvres l’appétit... » Coluche, fondateur des restau du
cœur.
Dimanche d’hiver, un
vrai.Un dimanche froid, avec un vent glacé qui descend le massif et s’engouffre dans la vallée. Il caresse les tuiles après avoir glacé
les ramures, secoué les branches de l’Eucalyptus. Les bouleaux en ont perdu leurs feuilles, les fruitiers aussi et ils paraissent malingres, comme abandonnés au froid. Ces arbres expriment bien
la nudité, la fragilité qui survient après l’exubérance passée, aux saisons Chaudes. Il a neigé. C’est la seconde fois. L’hiver s’annonce tôt. C’est le sort réservé aux demis
saisons par ici. Au printemps, survient la bascule soudaine dans l’été et à l’automne, passé les grosses pluies, vient le froid mordant. La montagne est redevenue grise,
maronnasse, coiffée de châtaigniers et de fayards déplumés. Seuls les chênes verts résistent à l'idée qu'il faut se résoudre au deuil, avec les conifères.
Pour les habitants sauvages des forêts, c'est la mort, coiffée d’une casquette orange, qui rode le mercredi et puis le weekend. C’est comme çà, c’est humain, à la rigueur de
l’hiver, il faut ajouter le plomb. Dans la nuit un chien de chasse perdu s’est trimbalé à côté agitant les clochettes de son collier. Les rafales de vent ont donné un coté
« Baskerville » à tout cela. J’ai regardé l’interview de Benoit Hamon réalisée par John Paul Lepers sur latélélibre.fr. Le PS ne me passionne guère, j’ai donc fait un effort,
quand même pour dire que je m’intéresse.... Même si John Paul à l’art de savoir poser les questions, il m’a surpris, étonné ce Benoit, je dois dire, j’ai trouvé du bon sens. J’ai même pensé qu’il
était bien, accessible mais sans démagogie. Je me suis même surpris à trouver étrange qu’il soit au PS, étant donné la clarté de ses propos. C’est dingue je comprenais tout ce qu’il disait, du
coup je ne comprenais pas ce qu’il faisait encore là. Bon c’est un brestois il parait, bon point pour moi...Là bas, le parler est franc, plutôt frais sans ornements, comme un coup de vent qui
monte de la rue de Siam et s’enfuit en bousculant les passants qui tirent des bords entre les bistrots dans la rue Jean Jaurès. Il parlait du décrochage entre les « gens », et son
parti. Il disait, que les gens s’en foutaient et se retrouvaient à l’écart, en gros conscients que rien ne changerait rien, voter là ou bien ici c’est du pareil au même, et qu’il fallait se
débrouiller sans eux. C’est vrai qu’on se débrouille sans eux. Qu’on est à l’écart, évitant les coups comme on peut et s’attrister à voir tout se déliter, les usines fermer, les services publics
péricliter, le mensonge s’installer durablement tandis que s’invente çà et là un autre façon de vivre et de résister, sans qu’ils daignent s’y attarder, une autre façon qui rend caduque et décalé
les discours de grand messe, et qui envoient à coup sur au nadir celle qui s’enflammait au zénith. Début de la sagesse ou bien dépit, je ne sais pas, de la lucidité en tout cas, de la franchise
dans les propos Benoit Hamon. Gauche, droite, autant de mots comme pour armer des paires de claques qui se succèdent et achèvent de sonner le « bon peuple » qui en devient sourd à ceux
là...attention comme il dit de ne point jeter dans le désespoir et l’à quoi bon, on sait bien ce qu’il advient des désirs de ceux qui n’en ont plus les moyens, la seule liberté qu’il leur reste
est celle quiconsiste à s’infliger un sort plus rude encore... On est bien loin des mots creux comme des désirs d’avenir ou bien façon tarte à la crème qu’est devenue cette expression
insupportable : » la volonté de rassemblement »...oui... pourvu qu’il s’opère derrière moi. Mais qui se trouvent encore derrière eux, à parler d’un pays qui n’existe pas, dans un
langage venu de la planète Oxo, et qui voudrait se soucier de leur avenir à eux, confortables dans leurs vies si loin, si loin de nous...tandis qu’ils sont accaparés par leurs egos, leurs
ambitions, leurs visions, ,jusqu’à se déchirer en recomptant leurs billes. Le froid avance, recouvre et glace, c’est un dimanche d’hiver, un vrai qui fait grincer et claquer des dents.
Une publicité m’horripile sur France
Inter, une pub pour la fondation de France :
Qui commence par « je ne donne pas… » S’en suivent et s’enfilent des perles du genre « je ne donne pas quand on essaie de me
faire pleurer » ou bien du genre quand je ne sais pas où çà va, hein… Ils auraient pu ajouter dans leur ton sentencieux de beauf outragé c’est
vrai çà on sait pas, peut être qui vont boire avec…les gueux. Et puis tombe la chute, une merveille, une pure légende, un bijou comme pour souligner
une photo de notre temps à destination des générations futures afin quelles sachent pourquoi elles en sont là :
« Je donne quand çà me fait plaisir… » Faut pas chercher très loin les ressorts de l’altruisme ou de l’empathie, juste mignoter l’égo
car pour la fondation de France, sans liberté de flatter il n’est point d’éloge magnanime.
PS pour continuer dans l’NRV…Ce matin, une autre perle d'honneur d' Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, sur France
Inter :
« …qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, depuis 40 ans nous sommes présents au Niger… »
Comme un lundi sous la pluie. Elle tombe, fine, froide. Elle ruisselle sur le front. Elle me rappelle un petit film de prévention médicale anglais, où l’on voyait un p'tit monsieur
un peu chauve sur le quai d’une gare qui courait selon la voix off un grand danger, genre arrêt cardiaque qui prépare son complot suite à un refroidissement… Je ne sais pas pourquoi je pense à
çà. Peut être est ce parce que je pense souvent à la mort et à toutes les manières de mourir. Tant qu’à faire autant marquer le coup car l’instant n’est pas banal.
Cette nouvelle me le rappelle, Miriam Makeba frappée d’une crise cardiaque et qui avait
accepté de participer à un « concert dédié au combat de Roberto Saviano, en compagnie de sept de ses musiciens. Dans «Gomorra», le jeune romancier italien plonge le lecteur dans
l'empire de la Camorra avec ses trafics, ses chefs, nommément cités, et ses clans. Le livre, traduit en une quarantaine de langues, a été adapté au cinéma et a obtenu le prix du jury au dernier
festival de Cannes avant d'être choisi pour représenter l'Italie aux Oscars ( Le Parisien .fr)…A l'âge de 27 ans, elle quitte l'Afrique du sud pour les besoins de sa carrière, sans savoir
qu'elle va être bannie de son pays pour ses prises de position contre le régime ségrégationniste. Et puis, toc sur scène, engagée, cueillie… Il y a bien d’autres façons de partir, plus
sordides, anonymes, comme ces enfants explosés par une bombe en Irak, dans les combats en RDC, ou bien comme un petit vieux dans un lit de maison de retraite. Pourquoi penser à tout cela si ce
n’est pour se souvenir d’un conseil utile, ne pas tripoter son portable au dessus d'un chiotte et plutôt que de résigner à glisser sur une frite, vivre comme si c’était le dernier jour, vivre
essentiellement.
La bagnole, l’automobile, la poubelle,
la caisse, la carriole, la tire, la charrette à piston, la voiture. S’écoule un flot presque ininterrompu depuis deux heures, où s’entremêlent des voitures de série, celle de monsieur et madame
tout le monde et les grosses caisses, celles des pilotes, celles qui font un bon gros bruit bien vulgaire comme un affront au temps venu, celui de réfléchir à la portée de ses actes. C’est une
suite de bruits, une logorrhée d’échappements, un défilé d’autocollants criards sur des carrosseries de jouets pour adultes, c’est le rallye des Cévennes, comme une incongruité
dans la montagne, aussi doux et subtil que le passage d’un brodequin sur un mandala, de la beaufitude à son comble qui n’a d’égal qu’un affront ou un défi à ce qui nous reste de nature
et d’intelligence et qui devrait en ces temps provoquer une sérieuse remise en question face au désastre écologique devenu inéluctable. On le sait et pourtant rien ne semble
indisposer l’amateur de la bagnole, comme si rien ne saurait résister à cette fascination envers cet objet qui nous détruit. A l’heure des économies d’énergie, d’une nécessaire remise en question
quant à notre aptitude à détruire notre planète et à engloutir de l’énergie fossile quand il ne s’agit pas de se bâfrer aux nécros carburants, la grotesque ronde des bagnoles de course sur les
petites routes de montagne vient encore illustrer l’ ignorance crasse pour qui s’enorgueillit de porter au plus haut deux plaies de l’humanité, l’esprit de compétition et la bagnole.
fleurs et tomates