Le temps qui passe

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Plans fixes sur les quais

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Toutes choses égales par ailleurs. Non pas un point, trois points...ce matin j’ai cette phrase dans la tête. J’allume la radio et je me souviens d’hier encore à la même heure. Ce matin, c’est Haïti, bientôt la saison des pluies, et puis la peur des gens de subir encore plus de malheur, à la pénibilité de la vie dans « les logements de fortune », des taudis qu’on dit, vient s’ajouter les intempéries venant les détruire sans qu’il y ait eu de solution viable pour eux. Toutes choses égales par ailleurs...La Grèce et son déficit et l’Espagne, et les spéculateurs, hein ? Toutes choses égales par ailleurs, c’est qui les spéculateurs qu’on leur botte l’arrière train ? M’énerve cette phrase qui me colle comme un chewing-gum au cerveau et puis un médecin scolaire pour douze mille élèves en Seine Saint Denis, c’est qui le responsable ?...qu’on en profite pour lui balancer un pied bien placé, toutes choses égales par ailleurs et puis les fermetures de lits dans les hôpitaux parce suppressions de postes et puis toutes choses égales par ailleurs satisfactions des élus qui viennent benoitement se justifier de l’excellent travail qu’il font toutes choses égales par ailleurs devant les électeurs, puisqu’ils leur ont promis, ils l’ont fait...J’éteins la radio, je sors de la salle de bain toutes choses égales par ailleurs...Non, tout ne se vaut pas, tout ne se vaut pas, j’ai une nouvelle phrase dans la tête et çà va me coller toute la journée.

02122512.jpgJe déambulais dans les rues d’Alès à l’heure du déjeuner. Il faisait froid et gris. Ce froid qui rend l’odeur de friture plus grasse encore. Ce froid qui se délecte dans la grillade suintante et carbonée. Je regardais aux tables les jeunes qui mangeaient entre deux cours. Certains grelottaient en fumant tandis d’autres mordaient à pleine dents un sandwich au frittes. Un coca, un sandwich aux frittes, pour 4 euros peut être. Mais ce qui me frappait encore plus au-delà de la mine plutôt triste à toutes les tables, au delà des toux et au-delà de tout, c’était l’uniformité. A quelques exceptions notoires, il y avait une moitié habillée en noir, un quart en gris et un autre quart entre blanc, gris et noir. Je recollais immédiatement cette observation à celle que j’avais faite sur les routes de France au mois de décembre, à quelques exceptions notoires pour quelques rares bagnoles, rouges, bleues ou jaunes, du noir, du gris et du blanc. Vivement le retour du printemps dans les têtes, les chemises à fleurs et les pots de yaourt sur les routes de campagnes.

09190609.JPGDe Sarajevo à Belgrade...émission ce matin sur France Culture. Danis Tanovic, réalisateur de No man’s land (2002), fondateur du parti politique bosnien Nasa stranka parle avec ce qui me semble être au-delà de la langue habituelle des intervenants, sans détours. Sans faux semblants, avec colère, il questionne plus qu’il ne parle.  Je n’ai jamais entendu parler de lui avant ce matin. J’aime cette radio qui me donne à entendre ceux qu’on entend pas ailleurs. Je ne suis pas spécialiste de cette guerre qui a eu lieu il y a quinze dans l’ex Yougoslavie. Cela me semblait irréel à l’époque, et incroyablement compliqué. Compliqué comme l’accumulation des informations aux différents journaux d’une même journée, où se mêlent les résultats des matches de foot et l’énoncé d’un massacre perpétré dans une Europe qui a connu l’indicible cinquante ans avant. C’était  compliqué comme est  compliqué la guerre quand on la décrit trop simplement avec des mots, là où il y a de la chair, avec des phrases, là où il y a des larmes, comme est compliqué le cerveau des humains se perdant en méandres et conjonctures jusqu’à ne plus voir  que le bout du nez  du pouvoir qu’ils convoitent s’apprête à flairer le cul de la haine qui les suit. En écoutant simplement comment ne pas s’arrêter à cet énoncé implacable, Sarajevo, la mort dans cette ville le 28 juin 1914, de l'héritier de l'empire austro-hongrois et son épouse  assassinés  par un étudiant serbe, et par là l’ouverture tragique du 20 ème siècle, siècle qui se referme sur le siège de...Sarajevo. Je ne peux pas prétendre avoir compris les tenants et aboutissants de cette guerre, au-delà ou au-dedans des mécanismes, du moteur même de ce qui fonde la guerre. Ce qui me semble plus évident c’est que l’on nomme avec erreur par  le mot de conséquences  ce que sont le meurtre et la souffrance indicible devant l’horreur absolue d’avec les buts de guerre, que sont le pouvoir, le profit par la manipulation, par l’exacerbation des mythes propre au nationalisme, qui se nourrissent de l’ignorance. Ces conséquences font en réalité partie mêmes des buts. Atteindre le pouvoir et s’y tenir coute que coute. Ce qui donne cet oxymore « guerre juste » et qu’on puisse attribuer par défaut un prix Nobel de la paix à qui est chargé de prolonger la guerre. Il n’y a pas de guerre juste, il n’y a que le meurtre érigé en valeur puisque là où il s’accomplit pour masquer la bêtise crasse il signifie l’échec.

 

C’est curieux cette sensation qui s’insinue peu à peu après la « lecture audio » ou bien  plus commune de textes glanés çà et là, « at random » au gré des pulsions et des sauts de pages et des renvois comme autant d’invitations à s’enfoncer toujours plus en avant comme s’il y avait d’avant ou bien d’arrière d’ailleurs dans l’infini des proses et des images jetées            pêle-mêle  dans le web à l’intention des internautes affamés qui voudront bien s’essayer à se repaitre dans l’indigeste repas  offert comme autant de programmes qu’il y a de clics  et de névroses de révoltes et de d’angoisse de réactions et d’incompréhension  d’approximatif et de dramaturgie  comme à leurs contraires de thèses à l’appui et de procès en règles et d’indignation bien senties comme  d’invectives de foutriquets et de philosophes à la petite semaine draguant la psychologue de supérette effrayée par tout ce menu fretin côtoyant sans vergogne les plus allumés et les sages discourant en articles scientifiques et dûment estampillés...

 

Tout cela me rappelle le début d’un film, l’image s’éloignant de la surface de la terre jusqu’à sortir de l’atmosphère et s’en écarter de plus en plus dans l’espace à mesure que la bande son témoigne dans cet éloignement du brouhaha des conversations terre à terre puis des émissions de radio et de télé puis des voix sorties des grand meetings de l’histoire et remontant dans le temps telle une bande son de tout notre passé brouillant ainsi toute espèce de message intelligible d’une humanité toute aussi perdue que péremptoire  et combien vaine dans son intention d’animer le quartier interstellaire à toutes fins pacifiques ou bien le contraire.

 

Autrement dit une vague inquiétude emplit ma demie neurone par tout ce qui est produit dans cette confusion générale résultante du contigu à l’à peu près n’importe quoi et superfétatoire séparé d’un seul clic gauche d’un quart de poil plus étayé qui ne saurait omettre nonobstant l’affliction de votre serviteur et webnaute à moitié chauve autant qu’hirsute en slip et en chaussons en quête de l’ultime touche poétique...

C’est la commémoration de la chute du mur de Berlin. C’est bien, un mur qui tombe, à condition de ne pas être dessous. J’aimerais vivre assez longtemps pour vivre la commémoration de la chute du mur de l’argent. Vivre ce grand moment où l’on abattra patatras cette ligne de démarcation qui sépare les riches des pauvres. Je me souviens de la tête de mon père quand il découvrait la gueule de sa retraite par le profil et qu’il avait de la buée dans les lunettes.

Ce matin on était deux dans la ruelle du hameau... « A savoir que s’il continue à ne pas pleuvoir ici, on va passer l’hiver dans le froid et sous le soleil...Cà va pas cette histoire, le temps est détraqué, moi je te le dis parce que tu vois moi en 1956, hein t’étais pas né toi en 1956...La journée a commencé comme çà, avec le papet  grignoux qui se plaignait des articulations et du gel qui l’avait surpris. Et puis du temps qui était bizarre et assurément pas comme en 1956 et puis qu’à la télé y disaient que des conneries, par exemple à la météo, tu vois... »

 

 

Ya comme un truc qui va pas. Je viens d’écouter les Doors. J’ai çà dans la tête, pffaffaffafaf, le bruit des pales d’hélicoptère, this is the End....j’suis pourtant encore en vie. L’hélico passe juste au dessus des arbres, et puis y’a des gros nuages noirs, quelque gouttes pour le « rain on the storm qui viendra...Un explosion putain, j’en ai plein la gueule, je n’entends plus rien, je ne bouge plus. De toutes façons je ne peux plus bouger. J’en ai plus rien à foutre, mais rien. Que des bouteilles en plastiques, des cannettes de shampoing Ushuaia, qui me tombent sur la gueule. J’ai les yeux qui piquent. Pffapffaqtuffffftuuuuffff, l’hélico repart illico. C’était la bande à Hulot  qui règle ses comptes à Yann Artus et moi je suis au milieu, putain perdu au milieu de ce merdier  Gore, géant qu’est devenu la planète, heureusement Barak a chopé le Nobel et les indiens vont sauver les boues du Ganges, l’indignation gronde contre la morale bafouée et le peuple dans son immense sagesse légendaire, le peuple, le vrai, celui qui fait bien peur, qui sent l’eau de Cologne Saint Michel  et le dentifrice à rayures, ouias celui qui est courageux face aux sorcières, au fou du village, à l’estranger et qui regarde gentiment sa télé en mangeant ses nuggets et qui s’étrangle d’indignation, qu’on eu pu, c’est incroyable ces artistes, pensez vous, Tuqffffuuufffffftttt, les hélicos reviennent , putain ils crachent le feu, du cac quarante qui crépite, du nikkei, Totale, colossale destruction, this is the end, talala...la basse qui résonne, le petit rif à l’indienne, la voix de Jim Morisson ....j’ai trop bu, beaucoup trop bu, pffafffapafafafaf, putain d’hélico, putain de populo, jaloux des bobos, je me casse dans la jungle...

fleurs et tomates

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