le monde de philippe

"Trois femmes puissantes" de Marie NDIAYE (Gallimard). C'est le regard circonspect et l'esprit en éveil que le Lecteur s'est insinué dans ce roman. Un roman consacré par de vieilles badernes, une sorte d'onction qui, d'ordinaire, le rend méfiant, lui, le Lecteur, pusillanime, vindicatif parfois. Au terme de son cheminement, non seulement il admet que l'œuvre vaut beaucoup plus qu'un détour de circonstance, mais qu'elle se situe à un niveau qui lui confirme que Marie NDiaye est bien une des auteures majeures de la littérature française contemporaine (en dépit de ses réticences à l'égard de la première gallimardise de l'exilée berlinoise).

Les destinées croisées des "Trois femmes puissantes" (ces destinées que relient deux si fragiles passerelles)s'amalgament dans un récit dont la dramaturgie monte en puissance au fil des pages. Trois victimes, certes, mais qui, chacune à sa façon, se tiennent droit debout et résistent, comme elles le peuvent, aux courants tumultueux qui cherchent à les entraîner au plus profond des abîmes. Trois victimes dont la puissance résulte du refus de se résigner, de la volonté de ne pas laisser s'accomplir ces destinées sans avoir mené, jusqu'au bout, le combat pour le droit à la dignité, pour la conquête du pouvoir à déterminer les espaces de la, de leur liberté. Ce roman se construit autour de pages somptueuses, dont le Lecteur éprouve, après avoir refermé le livre, après avoir humé une fois encore son odeur, la nécessité, l'urgent besoin d'y effectuer de nouvelles immersions. Plus apaisées, sans doute, que la toute première, mais plus foisonnantes, plus riches de sensations nouvelles. Ce dont Il ne doute pas un seul instant.

 

 

"Crémation" de Rafael CHIRBES (Rivages). Le Lecteur retiendra de ce roman si dense, si touffu, à la limite parfois de l'inextricable les pages au long desquelles, Ruben, le frère du mort (Matias), se raconte. Architecte devenu promoteur dans l'Espagne de l'après Franco. Englué dans la pourriture. Affairiste obscène. Des pages qui vibrent d'une étrange et obsédante intensité. Qui offrent une multitude de reflets sur les sociétés où le fric constitue la seule valeur de référence. Avec, tout autour de ce personnage central et du cadavre de son frère, le théâtre d'ombres sur la scène duquel évoluent, furtives, quelques femmes, mères, sœurs, amantes, épouses, prostituées. Mais aussi un ramassis de voyous, de traîtres, de spadassins. Un saisissant et brutal reflet d'un monde en voie d'achèvement. Le Lecteur reviendra vers cet ouvrage qui lui semble d'ores et déjà appartenir au tout meilleur de la littérature espagnole contemporaine (du moins de celle qu'il est autorisé, barrières de la langue obligent, à fréquenter).

 

 

"Contes carnivores" de Bernard QUIRINY (Seuil). C'est le genre de bouquin qui échut par hasard au Lecteur, un matin qu'il emplettait dans les rues désertifiables de Palavas. Du haut de son balcon, Juliette l'interpella en brandissant un objet qui avait les apparences d'un livre. "Veux-tu de cette chose qui m'ennuie et me désespère?" Confus et rougissant, le Lecteur qui n'est point Roméo acquiesça. Voilà comment Il hérita de ce Bernard Quiriny dont Juliette, avenante et talentueuse comédienne, ne voulait plus. Un héritage qui lui procura d'infinis plaisirs (qui sont tout le contraire des menus plaisirs!). Car il ne fut pas une seule des nouvelles publiées dans cet ouvrage qui l'ait laissé indifférent. Lisant cet auteur belgien, Il fut certes maintes fois tenté par le jeu des ressemblances, voire même par celui des assimilations. Poe. Queneau. Pérec. Magrite. Mais il ressort de ces nouvelles un talent qui est étranger à la copie ou à l'imitation. Un talent original dans le domaine si particulier qui s'établit aux frontières du fantastique et du surréalisme.

 

 

"Et que le vaste monde poursuive sa course folle" de Colum McCANN (Belfond). Un curé irlandais à New-York. Défroquable, le curé. Et qui ouvre les portes de son taudis à quelques péripatéticiennes noires. Tandis qu'un funambule se tient en équilibre sur un câble d'acier tendu entre les Twin Towers. Le roman frôle de manière quasi constante le mélo. Mais il ne s'y vautre pas, ou si peu, que le Lecteur s'est, au fil des pages, pris de passion, de tendresse aussi, pour chacun des personnages. Comme entraîné, à l'insu de son plein gré, dans la course folle de ce vaste monde. Qui ne concède que des sursis aux victimes d'un système que McCallum ne nomme jamais mais qu'il décrit sous son jour le plus effroyable: le capitalisme.

 

Mer 2 déc 2009 Aucun commentaire